lundi, mars 12, 2007

L'idéal journalistique : comment des prescripteurs définissent le « bon » message médiatique.

(Cahiers du journalisme, automne 2006)

Depuis le début des années 1960, les journalistes québécois ont développé un vaste argumentaire pour définir et affirmer leur mission. Souvent considérés comme des « ratés » n’ayant pu accéder à quelque noble profession, on peut voir dans le militantisme qui a marqué les décennies 1960 et 1970 un travail de légitimation professionnelle et de valorisation sociale de la part des journalistes. Ces derniers ont abondamment insisté pour se démarquer de la mission commerciale des entreprises de presse qui les emploient, au nom du droit du public à l’information, condition nécessaire à la qualité de la vie démocratique selon eux.

Cette rhétorique a été reprise et soutenue par bon nombre d’acteurs sociaux extérieurs à la profession qui en ont fait tantôt le fondement de leur défense du journalisme face à des menaces appréhendées (concentration de la propriété, convergence des médias, etc.), tantôt le fondement des rappels à l’ordre adressés aux journalistes, lorsque ces derniers s’engageaient dans des pratiques jugées non conformes ou déviantes aux normes reconnues (conflit d’intérêts, information spectacle, manque de rigueur, etc.).

Depuis le début des années 1960 surtout, le journalisme québécois s’est donné un système normatif explicite, à l’image de ce qui existe dans son environnement nord-américain, c’est-à-dire anglo-saxon.
(Pour en lire davantage, cliquer sur le titre)

dimanche, février 25, 2007

Petit guide médiatique pour électeur sérieux

Par Marc-François Bernier
Coordonnateur du programme de journalisme
Université d’Ottawa
mbernier@uottawa.ca

Publié dans Le Droit, le 2 mars 2007

Une campagne électorale, c’est l’emballement des machines politiques et médiatiques qui carburent à la stratégie afin de tirer profit de certaines faiblesses des électeurs que nous sommes, qui préférons souvent être séduits et divertis plutôt que rigoureusement et sérieusement informés des enjeux dont dépendent notre avenir.

Pour ceux qui prennent encore au sérieux l’exercice électoral et qui croient que les journalistes ont un rôle important d’information des citoyens, la présente campagne électorale risque encore de s’avérer décevante. Toute campagne implique trois groupes d’acteurs : les candidats (et leur entourage), les journalistes et le public. Malheureusement, des recherches et plusieurs critiques soutiennent que les candidats et les journalistes sont tellement obsédés les uns par les autres qu’ils en oublient souvent le public. Il est donc justifié d’avoir les médias à l’œil, un exercice critique peu coutumier au Québec.

Pour débuter ce petit guide, voici comment les médias devraient agir afin de forcer les acteurs politiques à respecter le droit des électeurs à des débats intelligents, honnêtes et substantiels.

Leur premier défi sera de ne pas être les complices des attaques vicieuses et mesquines des uns et des autres. En refusant de jouer ce jeu, ils forceront les candidats à trouver de meilleures façons de faire parler d’eux.

Un autre défi sera de servir constamment le droit du public à une information de qualité, en forçant les candidats et leurs stratèges à démontrer la véracité de leurs affirmations et le réalisme de leurs engagements. Ce travail critique pourra se substituer à la diffusion des sarcasmes, de phrases assassines et des attaques personnelles des adversaires politiques qui partagent pourtant le même intérêt à ne pas justifier leurs propres affirmations et engagements.

Toujours dans l’esprit du service public, on devrait empêcher les acteurs politiques de nous intoxiquer impunément avec des déclarations faites sous le couvert de l’anonymat, les sources anonymes étant de puissants vecteurs de désinformation. À ne pas oublier que les organisations politiques essaient d’influencer, sinon de manipuler l’opinion publique par le biais des médias et que bien des journalistes résistent peu aux leurres des scoops vite démentis ou récupérés publiquement par les mêmes qui les ont discrètement glissés à l’oreille du reporter.

La rigueur intellectuelle devrait convaincre les journalistes de ne pas diffuser des résultats de sondages aux méthodologies douteuses, tandis que le souci des débats substantiels devrait limiter le nombre de sondages sur les intentions de vote. Ces sondages mettent certes du piquant dans la course et de l’action dans les reportages, mais ils sont faibles en octane démocratique. Il faut à ce chapitre saluer la décision de la Société Radio-Canada de ne pas commander de sondages sur les intentions de vote (il y en aura déjà beaucoup d’autres de toute façon), afin de se concentrer sur des débats de fond.

D’autre part, les médias devraient documenter des enjeux importants pour les citoyens en se fiant à des sources compétentes et neutres. Cela est encore plus pertinent pour les chaînes d’information continue, où on oblige trop souvent les journalistes à remplir du temps d’antenne avec des propos répétitifs, des approximations et des affirmations douteuses parce qu’on ne leur donne pas le temps de tout vérifier avant de passer en ondes.

En matière de diversité, il serait apprécié que les médias, surtout les médias électroniques, soient plus imaginatifs dans leur choix d’invités pour nous présenter des points de vue différents, marginaux, voire provocateurs. De même, on souhaite qu’ils nous épargnent l’omniprésence de pseudo experts en tout et en rien dont on nous cache trop souvent les accointances partisanes.

La liste pourrait s’allonger, mais la commande est déjà très ambitieuse. Certains, désabusés ou plus lucides peut-être, diront trop ambitieuse.

Indices de méfiance

Pour compléter ce modeste guide médiatique de l’électeur sérieux, voici quelques indices qui devraient nous inciter à se méfier car l’intérêt médiatique (celui des médias, celui des journalistes, etc.) peut facilement supplanter l’intérêt public.

Il y a lieu de se méfier quand un journaliste de la télévision ou de la radio est plus intéressé par ses jeux de mots que par la substance de ses reportages qui ne nous disent rien sur les engagements des candidats et leurs raisons de les proposer aux électeurs. Et quand un journaliste, surtout de la presse écrite, rapporte les propos de sources anonymes, sachons que, le plus souvent, il se laisse utiliser par ceux qui veulent manipuler l’opinion publique pour en tirer un meilleur profit partisan.

De même quand, au terme d’entrevue télévisée ou radiophonique, nous avons l’impression d’en savoir davantage sur l’opinion du journaliste que sur celle de son invité, il y a là un sérieux indice de l’intention non pas de nous informer, mais de nous persuader.

Par ailleurs, nous devons avoir le sage réflexe de n’accorder aucune crédibilité au journaliste qui passe quelques heures dans un comté, mais prétend néanmoins nous dire ce qu’est vraiment l’allure de la campagne locale. Le plus souvent, cela repose à la fois sur une méconnaissance des lieux et sur la force de persuasion de certains organisateurs politiques.

Bien entendu, nous avons tous nos biais partisans et nos préférences. Cela influence grandement le regard critique que nous posons sur le travail des journalistes et la couverture médiatique quotidienne. Cela nous incite parfois à nous exposer avec complaisance et à répétition aux messages qui nous plaisent et à rejeter trop facilement ceux qui nous choquent. S’informer ne doit pas être un comportement d’auto persuasion. Au contraire, c’est faire face aux faits qui ébranlent nos croyances et nous déstabilisent.

Il y a donc lieu, finalement, de se méfier même des convictions que nous possédons, car elles nous possèdent aussi au point de contaminer notre bon jugement, comme l’a écrit le sociologue français Edgar Morin.

vendredi, février 09, 2007

Le cas Drainville : Au-delà de l’apparence de conflit d’intérêts, un manque de prudence et de réflexion éthique

Marc-François Bernier (Ph.D.)
Coordonnateur du programme de journalisme
Université d'Ottawa

La mutation subite et inattendue de Bernard Drainville, qui se métamorphose de chef du bureau politique de Radio-Canada, à l’Assemblée nationale du Québec, en candidat du Parti québécois, ramène une fois de plus sur la place publique la fameuse question des conflits d’intérêts et, surtout, de l’apparence de conflit d’intérêts.

Ce cas n’est pas le premier. L’histoire politique du Canada et du Québec est jalonnée de journalistes devenus politiciens, et on voit de plus en plus de politiciens devenir journalistes. Ces individus, hommes et femmes, exercent leur droit démocratique et constitutionnel.

Mais cela peut soulever des questions d’éthique professionnelle et le fait d’avoir de tels questionnements plaide pour une analyse sérieuse des faits et des principes en jeu, et non à des procès d’intention.

Les normes journalistiques sont claires. Les journalistes doivent éviter les situations de conflit d’intérêts et même les apparences de conflit d’intérêts car cela nuit à leur crédibilité et met en cause l’intégrité de l’information. Cette intégrité est un élément essentiel de la qualité de l’information, avec la rigueur, l’exactitude, l’équité, la vérité et l’intérêt public. Les conflits d’intérêts, ce sont avant tout des conflits de loyauté.

Le journaliste doit être loyal envers le public en lui diffusant une information de qualité, envers son employeur en respectant le contrat qui les lie, et envers lui-même en respectant sa conscience personnelle et sa dignité. Le conflit, comme l’apparence de conflit, intervient quand un journaliste décide de privilégier, ou semble privilégier un type de loyauté au détriment des autres. Dans le cas présent, il y a apparence que le journaliste aurait pu privilégier ses intérêts personnels et ceux de son futur chef politique au détriment du droit du public à une information de qualité.

Une telle apparence invite à l’analyse de la situation, mais l’analyse sérieuse et équitable ne peut se limiter à cette apparence, elle doit aller au-delà et tenir compte des faits allégués.

Si l’on en croit, le principal intéressé, il a reçu une offre, a aussitôt décidé de se retirer des ondes le temps de sa réflexion, a rejeté l’offre en l’annonçant personnellement au chef André Boisclair et a repris pleinement son statut de journaliste dès le samedi. À ce moment, il ne savait pas que, quelques jours plus tard, soit le mardi, il allait recevoir une autre offre qu’il accepterait. Au moment de son entrevue avec le chef du Parti québécois, André Boisclair, entrevue enregistrée le samedi et diffusée le dimanche, il n’était plus en réflexion et ne savait pas qu’on allait lui revenir avec une nouvelle offre. Dans son esprit, il était redevenu un journaliste pour les semaines et les mois à venir.

Aucun principe éthique, aucune règle déontologie ne prescrivait au journaliste Drainville de se retirer des ondes à la suite de son refus, pour quelque période que ce soit.

Il aurait cependant pu le faire, par simple prudence, en sachant que l’offre rejetée pouvait devenir publique par le biais des fuites calculées, des sources anonymes mal intentionnées et d’une concurrence médiatique parfois douteuse. Il aurait pu en parler à son employeur qui aurait alors eu à prendre certaines décisions à cet effet, avec ce que cela comporte de risques pour la suite de sa carrière puisqu’on ne sait jamais comment vont réagir les responsables de la Société d’État dans de tels cas. Encore là, aucune règle ferme n’existe à ce sujet. Le tout est question de prudence, de jugement personnel, sinon de calcul avec les risques de confusion et d’erreurs que cela comporte.

Le fait de ne pas avoir suivi ce scénario idéal n’est pas pour autant une faute professionnelle.

Toutefois, puisque la première offre lui serait parvenue par l’intermédiaire de Jacques Parizeau, le journaliste aurait dû prendre le même chemin pour signifier son refus plutôt que de s’adresser personnellement au chef du Parti québécois. En effet, à titre de chef du bureau politique à Québec, le journaliste Drainville n’avait pas à s’adresser personnellement au chef de l’opposition pour décliner une offre partisane. L’ayant cependant fait, il aurait dû laisser un de ses collègues mener l’entrevue du lendemain avec M. Boisclair. Cela aurait considérablement atténué les apparences de conflit d’intérêts.

Par ailleurs, si on a une conception orthodoxe et hyper exigeante de la déontologie, on peut être tenté de dire que le journaliste Drainville aurait dû cesser toute activité journalistique aussitôt qu’il a été approché par une formation politique. Cet arrêt pouvant durer une période indéterminée, allant de quelques semaines jusqu’à six mois a même suggéré un journaliste lors de la conférence de presse de Drainville, jeudi.

Un tel scénario serait dangereux car les stratèges politiques pourraient y recourir afin de se débarrasser de journalistes qu’ils jugent trop critiques en leur faisant de fausses propositions qui auraient pour conséquence automatique « d’éliminer » un journaliste intègre. Il faut aussi tenir compte du contexte politique québécois où la date des élections est choisie par le Premier ministre en poste, ce qui réduit de beaucoup les possibilités de prévoir à long terme la transition du journalisme à la politique.

En éthique appliquée, un test important est celui du test de la publicité. Il aide à identifier des situations potentiellement compromettantes. Concrètement, ce test consiste à se demander si on sera capable de défendre publiquement nos décisions, nos gestes, nos paroles. Si on en arrive à la conclusion que la décision que l’on s’apprête à faire ne sera pas défendable sur la place publique, et qu’elle doit donc demeurer secrète, cela incite à la modifier.

Du reste, tous les membres de la Tribune de la presse peuvent-ils affirmer n’avoir jamais reçu des offres plus ou moins formelles pour se joindre à un parti politique comme candidat ou à titre de conseiller ? Ce que certains semblent exiger du journaliste Drainville, sont-ils en mesure de se l’appliquer à eux-mêmes, comme le voudrait le principe éthique de la règle d’or qui se base sur la réciprocité ? Se sont-ils retirés temporairement de la couverture politique pendant et après leur période de réflexion ? Cette même question se pose dans d’autres secteurs d’information que sont l’économie, les sports, le spectacle, etc.

Il faut rappeler que les journalistes politiques sont toujours en étroite relation avec leurs sources politiques. Certains jouent au hockey ensemble, d’autres socialisent les soirs et fins de semaine, quelques-uns ont même des aventures sentimentales avec des élus ou avec des membres de leur personnel politique, d’autres jouent au conseiller politique ou acceptent des confidences personnelles. Tout cela se fait à l’abri du regard du public et en dépit des nombreuses critiques qui ont maintes fois dénoncé cette proximité.

La réaction de bon nombre de journalistes face au journaliste Drainville est à la fois rassurante et paradoxale. Elle rassure car on peut y déceler un souci réel du respect des principes éthiques et des règles déontologiques qui fondent la légitimité sociale et la crédibilité du journalisme.

Paradoxale, car on peut la mettre en comparaison avec la couverture généralement complaisante des même médias face à la nomination de la journaliste Michaëlle Jean, dans les premiers jours de août 2005. Dans les jours qui ont précédé l’annonce de sa nomination, alors qu’elle réfléchissait vraisemblablement à l’offre du Premier ministre Paul Martin et qu’elle l’avait peut-être même déjà acceptée, elle était encore lectrice du Téléjournal de Radio-Canada.

Les mêmes principes d’intégrité professionnelle sont en jeu, même si le cas Drainville est plus flagrant en raison de son travail de journaliste de terrain, qui côtoyait quotidiennement les élus et devait nous informer de façon intègre à leur sujet, alors que Mme Jean faisait ce que certains sociologues nomment du journalisme « assis ». Ceci étant dit, les deux cas ont des similarités, si bien qu’on a l’impression d’assister à une indignation sélective de la part de certains.

Quant à la réaction des adversaires politiques, on peut certes y voir l’œuvre d’une grande surprise et d’un sentiment de trahison ou de déloyauté de la part du journaliste Drainville. Mais il faut aussi être réaliste et y voir une stratégie de communication politique normale qui consiste à attaquer le nouvel adversaire.

Finalement, analyser le cas Drainville est un peu risqué car, comme dans toutes les analyses de cas, les faits sont déterminants. Et, pour l’instant, la seule source qui puisse nous informer au sujet des faits demeure le principal intéressé.

dimanche, février 04, 2007

La fonction et le rôle d’Ombudsman au Brésil et en France

Différents médiateurs existent dans le secteur des médias que ce soit en presse, en radiotélévision ou pour l’Internet. L'idée commune veut que ces médiateurs soient tous plus ou moins héritiers de traditions nord-américaines et scandinaves de l’Ombudsman. L’Hebdo du Médiateur sur France Télévisions depuis 1998 en France et la médiation de la presse au Folha de S. Paulo, depuis 1989 en Brésil en sont deux exemples distincts.
En France, la médiation de la rédaction de France 2 s'exerce à travers une émission, tous les samedis après le journal télévisé de la mi-journée. Ce programme autoréflexif donne la parole aux téléspectateurs venant exposer leurs griefs vis-à-vis de l'information de la chaîne et publicise ainsi une réflexion sur la responsabilité des journalistes et/ou du message télévisuel. Il s’agit donc de créer un espace de dialogue entre journalistes et téléspectateurs. Au Brésil, au Folha de S. Paulo, la fonction d’ombudsman prend la forme d’une représentation du lecteur au sein de la rédaction, par le biais d’une chronique hebdomadaire, publiée dans l’édition du dimanche. L’ombudsman est proposé comme une épreuve publique du projet éditorial implanté par le journal, un différenciateur de la concurrence et un critique des médias. Cet article propose, à travers la comparaison des cas français et brésilien, d’analyser deux conceptions de la médiation dans deux médias différents.
En effet, si ces créations se sont inspirées de l'exemple suédois et nord-américain, nous proposons ici un éclairage mettant en avant les conditions spécifiques d’émergence de ces deux médiateurs ; conditions particulières qui ont abouti à donner un rôle particulier et un statut différent aux deux médiateurs. Il s’agit donc à travers une dimension comparative internationale de démontrer la pluralité des Ombudsmen et la prégnance des contextes locaux et des cultures sur cette fonction que l’on a trop tendance à penser comme universelle.
(cliquer sur le titre de l'article pour en lire davantage)

mardi, janvier 23, 2007

Les nouveaux mercenaires de l'information

Les nouveaux mercenaires de l’information

Marc-François Bernier (Ph. D.)
Professeur agrégé
Coordonnateur du programme de journalisme
Université d'Ottawa

Texte publié dans Le Devoir, lundi 22 janvier 2007.


Une des leçons qu’il faut retenir du débat confus entre accommodements raisonnables et racisme qu’a volontairement allumé l’empire Quebecor et son sondeur de prédilection Léger Marketing, c’est que les journalistes et commentateurs patentés de Quebecor se comportent de plus en plus comme des mercenaires incapables de critiquer leurs égarements.

Il faut avoir lu l’ensemble des textes consacrés aux différentes questions de ce sondage pour constater qu’en aucun temps les nombreux journalistes affiliés à Quebecor n’ont songé à remettre réellement en question la définition même du mot « racisme » que le sondeur a librement utilisé.

Il y avait pourtant beaucoup à dire tant sur les définitions retenues (on confond racisme et inconfort face aux autres cultures notamment) que sur la répartition des réponses et la tournure générale des questions. Ces imperfections ont miné la validité de l’exercice au point où toute interprétation devenait dénuée de fondement.

Réaliser un sondage scientifique en suivant toutes les règles de l’art n’aurait pas coûté plus cher à l’empire Quebecor. Il aurait cependant créé moins de remous et réduit considérablement les retombées commerciales et médiatiques de l’exercice car les résultats, probablement plus nuancés, auraient été moins facilement exploitables à l’écran et sur papier.

Devant le silence des nouveaux mercenaires de l’information et de l’opinion tout dévoués à la cause de leur employeur, les critiques sont venues de l’extérieur. On a même vu des textes dans Le Journal de Montréal pour attaquer ces critiques. En somme, hors de Quebecor point de salut ! Pour paraphraser un thème déjà débattu par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les médias sont-ils les nouvelles Églises et leurs journalistes les nouveaux curés ?

Ce dernier épisode s’ajoute à bien d’autres, dont celui des fameuses analyses de l’eau des piscines publiques de l’été 2006. Déjà, les journalistes de Quebecor avaient réprimé tout esprit critique afin de ne pas nuire à l’impact médiatique et commercial de ces stratégies de marketing où on invente le scoop, à défaut de le découvrir au terme d’une enquête au-dessus de tout soupçon.

Pour l’observateur des médias, ce comportement de groupe est troublant. Il faut en effet s’inquiéter quand ceux qui ont choisi de faire un métier reposant avant tout sur la liberté d’expression, et qui nous psalmodient l’évangile de la diversité de l’information, acceptent de suivre aveuglément les mots d’ordre de leur employeur. Comment est-il possible que des dizaines de gens reconnus pour leur franc-parler et se disant jaloux de leur liberté de critiquer puissent ainsi chanter à l’unisson la même partition sans interroger ceux qui manient la baguette ?

Il faut par ailleurs reconnaître que les motivations des concurrents doivent aussi être questionnées quand ils critiquent les initiatives de Quebecor. D’une certaine façon, cela rend la situation encore plus inquiétante. Sommes-nous en voie de nous retrouver dans un système médiatique où chacun embrigade ses journalistes et collaborateurs afin d’attaquer et affaiblir le concurrent, imposant du même coup un esprit de clan typique des groupes idéologiques ?

Une telle possibilité est à la fois incompatible avec la liberté d’expression des individus et menace gravement l’intégrité professionnelle des journalistes. Comment prendre au sérieux leurs revendications en matière de liberté de presse et de droit du public à l’information quand eux-mêmes sont en quelque sorte complices d’une forme de censure ou se complaisent dans des conflits d’intérêts systémiques ?

Pour ceux qui se sont inquiétés des possibles excès de la concentration et de la convergence des médias d’information, de tels épisodes n’ont rien de rassurant car ils démontrent le pouvoir réel que les conglomérats médiatiques ont d’influencer les débats publics en fonction de leurs intérêts corporatistes. On peut penser que l’intérêt médiatique s’impose face au déclin du principe qui consiste à œuvrer pour l’intérêt public.

Il faut craindre que la situation ne favorise une escalade de conflits entre mercenaires des grands groupes de presse du Québec où chaque journaliste et commentateur aurait l’obligation de suivre la « ligne du parti ».

De plus en plus, nous avons besoin de lieux de recherche et de débat où l’on puisse analyser de façon critique, rigoureuse et indépendante les pratiques médiatiques qui influencent grandement la qualité de notre vie démocratique. Il semble que les entreprises de presse soient peu enclines à assumer cette tâche.

dimanche, décembre 17, 2006

La faute journalistique de la RTBF

La RTBF a transgressé à l’éthique et à la déontologie du journalisme

Par Marc-François Bernier (Ph.D.)
mbernier@uottawa.ca

Qu’on la nomme « docu-fiction » ou « canular », l’initiative de la RTBF demeure indéfendable sur les plans de l’éthique et de la déontologie du journalisme. Voici un cas flagrant de transgression des normes journalistiques, une réelle faute professionnelle.

Il ne suffit pas de prétendre que la rédaction de la RTBF a respecté la déontologie du journalisme, comme l’ont soutenu certains de ses représentants au lendemain de la diffusion de l’émission controversée. Il faut en faire une démonstration rationnelle qui soit compatible avec les principes éthiques et les règles déontologiques reconnus. Une telle mission semble impossible.

En effet, l’analyse de centaines de codes de déontologie révèle que les principes éthiques du journalisme s’articulent autour des valeurs suivantes : servir l’intérêt public ; diffuser des informations véridiques au terme d’une démarche marquée par la rigueur des raisonnements et l’exactitude des faits ; être équitable aussi bien dans les moyens de collecte de l’information que dans son traitement et son suivi ; être impartial et intègre.

Concrètement, ces principes se déclinent sous la forme de règles déontologiques qui prescrivent (et proscrivent) certaines pratiques journalistiques. Par exemple, au nom de l’information d’intérêt public, le journaliste doit respecter la vie privée des gens. Au nom de l’équité, le journaliste doit clairement s’identifier auprès de ses sources d’information. Au nom de l’intégrité, le journaliste ne doit pas se retrouver en situation de conflits d’intérêts ou encore se livrer à quelque plagiat que ce soit. La liste n’est pas exhaustive, mais ces quelques exemples suffisent.

Bien entendu, si elles sont pertinentes et applicables dans la grande majorité des situations de la vie quotidienne, les règles déontologiques ne peuvent prévoir tous les cas d’espèce, si bien qu’il serait intenable de les suivre aveuglément.

Dans certains cas, l’adhésion rigide aux règles déontologiques peut conduire à des situations aberrantes, voire dangereuses. Ainsi, le devoir journalistique de diffuser la vérité doit-il s’imposer quand cela menace la vie d’individus, dans des situations d’enlèvement par exemple, ou lorsque cette information peut générer des paniques importantes au sein de la population ? On sait aussi qu’il survient des situations où le journaliste devra cacher son identité afin d’avoir accès à des informations importantes pour éclairer les choix des citoyens.

La réflexion éthique appliquée en journalisme reconnaît donc qu’il existe de « bonnes raisons » pour déroger à la déontologie. On peut identifier ces raisons en se posant les « bonnes questions ». Les plus fréquentes sont les suivantes. Quelles sont les règles qui s’appliquent généralement dans de telles circonstances ? Qui en tirera profit et qui en subira les effets néfastes? Existe-t-il de meilleures options ? Pourrai-je me justifier auprès des autres, du public ? L’intérêt public de l’information est-il supérieur aux conséquences néfastes qui en résultera pour les individus ? L’information répond-elle à un important besoin de connaître ?

Ce questionnement est relié aux valeurs sociales que partagent les journalistes et permet de baliser et légitimer leurs pratiques professionnelles. Si les réponses qu’il génère sont favorables à un écart aux règles déontologiques reconnues, on peut parler d’une dérogation. Toutefois, lorsque les réponses sont défavorables à un tel écart aux règles, on est en présence d’une transgression à la déontologie qui conduit à la faute professionnelle.

Dans le cas de la RTBF, on a voulu sensibiliser la population à l’avenir du pays. Pour ce faire, on a diffusé de fausses informations qui étaient vraisemblables. Pour ce faire, on a eu recours à des mises en scène. Pour ce faire, on a causé de vives émotions à des milliers de citoyens. Les responsables ont volontairement voulu déjouer la vigilance des téléspectateurs en refusant de leur indiquer explicitement que l’émission spéciale était une fiction. Pendant de longues minutes, ils ont privé leur public de son autonomie, le rendant captif d’un scénario vraisemblable, mais néanmoins trompeur.

Sur le plan éthique, il faut se demander si la fin justifie les moyens. Fallait-il tromper les gens pour susciter le débat ? Était-il possible de produire un « docu-fiction » explicite, avec des comédiens plutôt que des journalistes professionnels, et qui aurait fait l’objet d’une importante campagne publicitaire afin de susciter l’intérêt du public ? Était-il possible de servir l’intérêt public sans pour autant instrumentaliser les citoyens, sans se servir des citoyens, sans abuser de leur bonne foi et de la crédibilité que plusieurs accordaient aux journalistes de la RTBF ?

Il est permis de d’affirmer que d’autres options permettaient de stimuler un débat important sans pour autant instrumentaliser les citoyens, sans les priver de leur autonomie, sans les tromper. Le « docu-fiction » de la RTBF (si tant est qu’un tel genre journalistique existe !) est incompatible avec l’éthique et la déontologie du journalisme dont il transgresse normes et règles, ce qui caractérise toute faute journalistique.

Alors que cette émission spéciale devait relancer le débat sur l’avenir du pays, elle a braqué les projecteurs sur les dérapages de la rédaction de la RTBF en plus de nuire à un grand nombre de citoyens. Les inconvénients sont plus importants que les avantages, ce qui réfute les justifications utilitaristes.

Quant aux citoyens, ils ont en été les cobayes d’une expérimentation de psychologie sociale qui n’aurait jamais été acceptée par un comité d’éthique scientifique, au nom de la dignité humaine qui s’oppose à une telle instrumentalisation.

samedi, septembre 30, 2006

Réflexe journalistique

Libre opinion: Réflexe journalistique
Le Devoir édition du vendredi 22 septembre 2006
Jean Robillard
Philosophe et professeur de communication à TELUQ-UQAM

Décidément, d'une tragédie à une autre, les journalistes n'apprennent pas, ou si peu. Le respect des personnes, acteurs plus ou moins directement liés à un événement comme celui de la fusillade au cégep Dawson, est une valeur qui semble désormais disparue de l'écran radar médiatique.

Des lecteurs du Devoir se sont interrogés sur le bien-fondé de la diffusion de l'adresse de la famille du tueur ? La direction de leur journal publie une note (samedi 16 septembre 2006) qui met en avant ce motif à la décision de le faire : «C'est par réflexe de livrer les informations les plus exactes possible que ce détail s'est retrouvé dans nos pages.» Réflexe ? Détail ? Voyons plutôt.

Pour en lire davantage, cliquer sur le titre ci-haut

mercredi, avril 05, 2006

De la parfaite adéquation du journalisme à la « société de l'information »

Patrick-Yves Badillo

Patrick-Yves Badillo est professeur en Sciences de l'information et de la communication à l'université de la Méditerranée (Aix-Marseille 2) (...)

Dans le contexte de la "société de l'information et de la connaissance", l'accès à l'information et la communication constitue probablement l'un des enjeux les plus importants de ce début de XXIème siècle. Alors qu'aujourd'hui près de 20 % la population mondiale est illettrée, on estime que le citoyen américain passe en moyenne, en 2004, environ dix heures par jour, et dépense près de 800 dollars par an, pour être informé et profiter des possibilités de l'industrie de l'entertainment. Les statistiques disponibles donnent les chiffres suivants : le consommateur américain moyen passe 9 h 35 par jour en liaison avec les médias selon la décomposition suivante (Source : Advertising Age, 2006 ; les temps incluent des aspects "multi-tâches" comme par exemple regarder la télévision et consulter le Web en même temps) : TV 256 minutes ; radio 160 minutes ; Internet 31 minutes ; journaux 29 minutes ; musique enregistrée 29 minutes ; magazines 20 minutes ; livres 17 minutes ; DVD & VCR préenregistrés 14 minutes ; jeux vidéo 14 minutes ; contenu sur les mobiles 3 minutes ; théâtre 2 minutes.

On peut remarquer que ces statistiques ne distinguent nullement ce qui relève de l'information et ce qui est de l'"infotainment". On peut craindre qu'en réalité l'infotainment ne prenne le pas sur l'information, avec une part très faible des "médias" à fort contenu en information et en "connaissance" comme les journaux, les livres ou les magazines réduits à la portion congrue.

(...)

Plus de technologie, plus de réseaux, plus d'information, plus de connaissance, plus de démocratie : l'équation paraît simple et pertinente. Le journalisme épouserait parfaitement la dynamique favorable de la "société de l'information"... Mais, au-delà de l'euphorie, il faut bel et bien s'interroger sur la déchirure entre les technologies de l'information et de la communication (TIC), les médias et le journalisme.
(Pour lire le texte, cliquer sur le titre)

jeudi, février 09, 2006

Responsabilité ou censure: Mahomet et les médias

Responsabilité ou censure: Mahomet et les médias


Marc-François Bernier (Ph.D.)
Professeur agrégé
Département de communication
Université d’Ottawa
mbernier@uottawa.ca
L’auteur est un expert en éthique et en déontologie du journalisme. Ce texte a été publié dans le quotidien Le Droit (Ottawa), le mercredi 8 février 2006, à la demande de l'éditorialiste Pierre Jury.


Devant la violence et l’irrationalité de l’intolérance religieuse, il est préférable d’être responsable, quitte à paraître « lâche », que de provoquer davantage et multiplier les victimes innocentes.

Il n’y a pas de réponse parfaite au dilemme de publier ou non les caricatures du prophète Mahomet qui offensent bon nombre de musulmans, mais il peut y avoir des réponses plus ou moins responsables. Sur le plan des principes, l’affaire est rapidement jugée en faveur d’une liberté absolue, c’est dans la réalité concrète que tout se complique. En effet, ceux qui décident de publier de telles caricatures, au nom de la liberté d’expression, ne peuvent nier qu’ils auront une part de responsabilité s’ils enflamment des esprits qu’ils savent prêts à tout, même au meurtre.

Avant tout autre considération, il faut affirmer sans réserve qu’aucune croyance morale ou religieuse ne peut justifier l’intimidation, la haine, les menaces et encore moins les attaques criminelles ou terroristes. Les leaders musulmans ont l’obligation de contenir les débordements d’agressivité d’inspiration religieuse. Ils doivent encourager le dialogue avec l’Occident qui a largement réussi à dompter ses folies religieuses qui ont été meurtrières, notamment au temps des Croisades chrétiennes au Moyen Orient.

Ceci étant dit, publier aujourd’hui les caricatures de Mahomet par bravade, par simple souci d’affirmer sa liberté d’expression ou pour l’honneur machiste de la provocation n’est pas en soi une justification morale.

Les premiers qui ont diffusé ces caricatures ne savaient peut-être pas que cela engendrerait une telle réaction et il est bien difficile de leur faire porter une grande part de responsabilité dans les événements qui ont suivi. Mais ceux qui veulent maintenant les imiter ou les appuyer en répétant le geste savent les risques que cela fait peser sur eux tout d’abord, mais aussi sur des tiers innocents. Ces derniers ne se sont pas portés volontaires pour devenir les victimes d’une croisade pour la liberté d’expression et son prolongement, la liberté de presse. Il est trop facile de défendre ses libertés individuelles ou professionnelles en en faisant payer le prix aux autres.

Avant de décider si on publie ou non de telles caricatures, il faut soupeser les valeurs et principes qui s’affrontent, soit le respect des croyances religieuses et la liberté d’expression. Il faut aussi tenir compte des conséquences prévisibles et probables. Le journal qui déciderait de diffuser de telles caricatures ne peut plaider l’ignorance et devra assumer sa part de responsabilité pour les explosions de violence que cela alimentera, et pour les innocentes victimes qui tomberont dans un combat qu’elles n’ont pas choisi.

Le dilemme est de savoir si on peut publier ou non de telles caricatures qui offensent des centaines de millions de musulmans et au nom de quoi faudrait-il le faire. Compte tenu des conséquences probables et prévisibles, cette décision ne peut pas être un simple caprice. Au contraire, il faut avoir de solides arguments, ce qui nécessite de répondre aux questions suivantes.

On doit se demander en quoi cette diffusion comble un réel besoin d’informer, ou en quoi cela sert-il l’intérêt public ? On doit soupeser ce qui importe le plus, affirmer le principe fondamental de la liberté qui n’est pas foncièrement menacé ici ou protéger des vies ? Y a-t-il d’autres moyens d’affirmer la liberté d’expression sans risquer des conséquences graves ? En quoi ne pas publier brime réellement la liberté ? Faut-il nécessairement faire tout ce que permet la liberté, ou bien est-il préférable de se restreindre volontairement, dans certaines circonstances ? La liberté individuelle doit-elle s’exercer sans égard aux risques collectifs que cela suppose ? Est-il possible de saisir cette crise pour faire avancer la compréhension et la tolérance mutuelles ? Ces questions vont générer des réponses diverses et chacun pourra adopter le comportement de son choix.

Il n’est pas question de censure ici, puisque la censure interdit en imposant le silence. De toute façon, on peut tous voir ces caricatures sur Internet. La justification de publier ces caricatures offensantes est donc moins élevée pour les médias traditionnels alors que les risques demeurent les mêmes.

Sans doute est-il important de ne pas abandonner les libertés chèrement acquises. Mais faire des choix responsables, c’est aussi affirmer sa liberté. Il existe certainement de meilleurs combats que celui-ci pour qui veut protéger la valeur positive de la liberté d’expression et la liberté de presse.

Finalement, le sens commun incline à distinguer les caricatures humoristiques de celles qui laissent croire que Mahomet encourage le terrorisme. Toutes les caricatures n’ont pas le même poids et cela doit aussi être pris en compte, par tous les protagonistes.

lundi, janvier 16, 2006

Les objectifs de MétaMédias

Le blogue MétaMédias prend le relais du site Internet qui a existé pendant quelques années. Il veut favoriser une meilleure connaissance des pratiques journalistiques grâce aux interventions d'analystes, de chercheurs et d'observateurs du milieu journalistique.

La notion de «pratiques journalistiques» fait référence à ce que les journalistes publient ou diffusent - et à ce qu'ils ne diffusent pas dans une certaine mesure - mais aussi au traitement accordé à l'information (genres journalistiques, direct, sensationnalisme, équité, rigueur, impartialité, etc.) et les moyens utilisés pour ce faire (caméras cachées, sources anonymes, etc.).

Les lieux d'échange, d'observation et de critique rigoureuse des pratiques journalistiques sont rares dans le monde francophone, alors qu'ils fleurissent au sein des sociétés anglo-saxonnes.

Vous êtes invités à faire part de vos analyses et recherches concernant les pratiques journalistiques. Il nous fera grand plaisir de leur réserver une vitrine électronique sans frontière si ces collaborations rencontrent nos objectifs de stimulation d'un sain et fécond débat public, rigoureux et respectueux des règles élémentaires de l'argumentation rationnelle.

Bon passage chez-nous!

lundi, janvier 09, 2006

France 2 et Radio-Canada : deux conceptions de la médiation

Marc-François BERNIER et Hélène ROMEYER

Différents médiateurs existent dans le secteur des médias que ce soit en presse ou en radio télévision. L'idée commune veut que ces médiateurs soient tous plus ou moins héritiers de traditions nord-américaines. Cet article se propose donc, à travers la comparaison des cas français et canadien, de souligner les ressemblances et différences de deux modèles.

En France, la médiation de la rédaction de France 2 s'exerce à travers une émission, tous les samedis après le journal télévisé. Ce programme autoréflexif donne la parole aux téléspectateurs venant exposer leurs griefs vis-à-vis de l'information de la chaîne et publicise ainsi une réflexion sur la responsabilité des journalistes et/ou du message télévisuel. Au Canada, l'ombudsman de Radio-Canada fonctionne plutôt comme un mécanisme d'imputabilité journalistique qui reçoit des plaintes, les analyse et se prononce quant à leur bien fondé. Ses décisions se retrouvent dans un rapport annuel qui s'est beaucoup transformé depuis 1993 : plus court mais beaucoup plus diffusé, notamment sur l'Internet.

Si certaines similitudes existent entre ces deux modèles, les divergences restent plus nombreuses. L'étude que nous proposons permettra ainsi de mettre en évidence que le rôle et la fonction de ces deux médiateurs ne sont pas identiques : le modèle canadien se rapprochant d'une procédure juridique, alors que le modèle français se contente d'un espace de débat.

(CLIQUER SUR LE TITRE POUR LIRE L'ARTICLE AU COMPLET)

dimanche, novembre 27, 2005

Les sources anonymes comme vecteurs de désinformation

Les sources anonymes comme vecteurs de désinformation

Par Marc-François Bernier (Ph. D.)
Professeur de journalisme à l’Université d’Ottawa (Canada), l’auteur a publié notamment Éthique et déontologie du journalisme (Presses de l’Université Laval, 2004) et a consacré sa thèse de doctorat à l’analyse stratégique du recours aux sources anonymes chez les journalistes en fonction à l’Assemblée nationale du Québec. (Les Fantômes du Parlement, Presses de l’Université Laval, 2000).


On ne sait pas si la journaliste du New York Times, Judith Miller, a vraiment passé 85 jours derrière les barreaux pour protéger l’identité d’une source confidentielle ou, plus vraisemblablement, afin d’éviter de devoir expliquer pourquoi elle a permis à des membres de l’administration Bush, sous le couvert de l’anonymat, de tromper le public américain relativement à la présence d’armes de destruction massive en Irak. Une chose est cependant certaine, les journalistes qui usent, sinon abusent du recours aux sources anonymes deviennent souvent des vecteurs de désinformation.

Depuis les années 1970, l’épisode du Watergate est devenu un archétype du journalisme d’enquête dévoué à la démocratie, à la lutte contre le mensonge et les abus du pouvoir, grâce au presque mythique Deep throat, dont l’identité n’a été révélée que ces derniers mois par le principal intéressé.

Toutefois, les enquêtes sociologiques indiquent le plus souvent que les sources d’information qui demandent aux journalistes de taire leur identité sont loin d’avoir un réel souci de l’intérêt public et n’hésitent pas à mentir afin de tromper ou manipuler le public. Cela est vrai aussi bien à Paris qu’à Londres, à Washington qu’à Ottawa ou à Québec. Voilà donc un bel invariant culturel!

Ainsi, André Peyrefitte raconte dans ses mémoires (1994) que le Général de Gaulle lui avait permis, à titre de Ministre de l’Information, de « distiller à dose homéopathique » ses confidences. « Il jouait avec les fuites qu’il m’autorisait à faire. C’étaient autant de ballons d’essai. Il voyait ensuite comment ajuster son texte pour éviter de trop gros remous. C’est ainsi qu’il transformait en auxiliaires de son action son porte-parole, les journalistes à travers celui-ci, et le public à travers les journalistes » (p.161). Plus loin, il revient sur sa méthode des « fuites préalables » qui « ne diminue pas le suspense, elle l’augmente, tout en offrant quelques chances d’émousser l’indignation, non, certes, des commentateurs, mais du public, qui se dit: “On le savait déjà” ».

Par ailleurs, la connivence des journalistes du Lobby britannique avec les élus a fait l'objet d'un examen attentif par trois auteurs qui montrent comment le gouvernement britannique est ainsi parvenu à tromper l’opinion publique. Cockerell, Hennesy et Walker (1984) ont comparé des comptes-rendus journalistiques avec des documents officiels pour constater que les porte-parole de différents premiers ministres britanniques ont caché la vérité et fait diffuser des mensonges en jouissant de l'anonymat. Ce travail a été mené pour trois études de cas historiques portant sur la fabrication de la bombe atomique, les restrictions relatives à l'immigration et la dévaluation de la Livre Sterling en 1949. Les auteurs y montrent comment les affirmations anonymes étaient contraires à la vérité dans plusieurs cas.

La guerre des Falkland a aussi fait l'objet d'une analyse et les auteurs montrent à nouveau comment l'anonymat accordé aux sources politiques, parfois même au Premier ministre Margaret Thatcher, a permis de tromper la population à propos de questions qui ne mettaient aucunement en jeu la sécurité nationale, mais servaient plutôt bien les intérêts politiques et partisans du gouvernement conservateur. Selon ces auteurs, il arrive parfois que des informations communiquées sous le couvert de l'anonymat soient démenties publiquement, en Chambre, par les mêmes qui les ont communiquées lors de rencontres informelles avec les journalistes (p.166).

Au Québec, nos propres recherches ont démontré que les spéculations des journalistes, qui ont lieu quelques jours avant l’annonce de la formation d’un nouveau conseil de ministres et qui reposent uniquement sur des sources anonymes proches du Premier ministre, que l’on prétend « bien informées », sont erronées dans des proportions variant entre 20 % et 70 %. Les cas où de fausses informations ont pu être diffusées grâce à l’anonymat accordé par les journalistes ne sont pas exceptionnels.

On pourrait allonger sans fin la liste des cas où les sources anonymes ont volontairement trompé le public, grâce à la collaboration parfois naïve, parfois complaisante ou complice, de journalistes avant tout intéressés à publier en exclusivité une « bonne histoire » sans trop se questionner quant à sa véracité.

Des motivations douteuses
Pourtant, des enquêtes sociologiques ont permis d’identifier que les motivations des sources qui demandent à jouir de l’anonymat sont rarement altruistes. Selon Stephen Hess, elles cherchent notamment à mousser leurs propres réalisations, à se faire du crédit auprès des journalistes en espérant un retour de l’ascenseur, à faire avancer des dossiers en provoquant un déblocage en raison de la réaction de l’opinion publique, à causer du tort aux adversaires, à tester les réactions du public face à certaines politiques ou décisions, mais aussi, heureusement, à dénoncer des situations inacceptables ou scandaleuses.

Si les sources anonymes ont autant de succès auprès des journalistes, c’est que ceux-ci n’ont pas une pleine autonomie dans le jeu stratégique de la communication publique. Au contraire, aux prises avec un contexte médiatique hyperconcurrentiel, sans doute aussi soucieux de se démarquer de leurs collègues et de faire preuve de compétence, les journalistes ont de pressantes obligations de production de nouvelles et reportages qui les encouragent à accepter de marchander sur ce qu’on pourrait nommer le « marché noir » de l’information. Ils doivent transiger et coopérer avec des sources qui détiennent des informations, certes, mais qui cherchent avant tout à satisfaire des objectifs particuliers et non l’intérêt général ou encore le droit du public à une information de qualité. Les journalistes ne veulent certes pas tromper le public, mais ils le font néanmoins souvent en raison de leur empressement à satisfaire des besoins immédiats dans le cadre de transactions auxquelles le public est souvent le tiers absent qui écope.

Ces dernières années, on a vu avec quel cynisme, mais aussi avec quelle complicité d’une grande partie de la classe journalistique américaine, l’administration Bush a réussi à induire les Américains en erreur quant à la menace réelle que faisait peser Saddam Hussein sur le Moyen-Orient. Une telle stratégie de désinformation ne peut-être possible que si les journalistes sont trop empressés de publier le plus de « contenu » possible, le plus vite possible, afin de servir leur propre notoriété personnelle (qui se monnaye beaucoup aux États-Unis) tout en favorisant leur média. Cela est encore plus vrai et inquiétant lors de crises sociales ou des épisodes d’activités politiques intenses (élections, référendum, courses au leadership) qui amplifient la portée des enjeux et privilégient la présence de sources anonymes aux motivations douteuses, mais qui savent tirer partie d’une concurrence exacerbée pour faire diffuser des énoncés qui ne rencontrent pas les critères de qualité reconnus en journalisme (vérité, rigueur, exactitude, équité, intégrité).

La réflexion éthique s’impose
Certes, il survient des circonstances où le journaliste soucieux de servir le droit du public à une information de qualité – c’est-à-dire véridique et relevant de l’intérêt public plutôt que de la recherche du sensationnalisme – devra déroger à la déontologie professionnelle, laquelle lui prescrit portant d’identifier ses sources d’information afin que le public puisse exercer un jugement éclairé quant aux compétences, aux motivations et à la crédibilité de ceux qui jouissent de l’anonymat.

C’est ici que la réflexion éthique s’impose. Elle permet de soupeser les options qui s’offrent au journaliste. L’éthique peut alors le guider vers la prise en compte de critères précis afin que l’anonymat ne soit pas accordé au détriment du public qu’il prétend servir.

Entre autres considérations, il doit se demander si la source risque vraiment des représailles advenant son identification, en plus de vérifier si elle est vraiment la seule façon d’obtenir l’information recherchée (des documents existent peut-être ou d’autres sources qu’il pourrait identifier). Il doit aussi se demander s’il ne devient pas le complice de règlements de compte lorsque l’information vise des individus qui seront alors incapables de se défendre convenablement contre des accusateurs fantômes, ce qui serait contraire au principe d’équité que l’on retrouve dans bon nombre de textes déontologiques.

Ce n’est qu’au terme d’un processus de délibération éthique que le journaliste décidera s’il est justifié et justifiable, dans ce cas particulier, de déroger aux règles déontologiques qui le gouvernent. Cette réflexion lui permettra également de se justifier publiquement afin de convaincre qu’il n’a pas cédé à des impératifs douteux, qu’il n’a pas tout simplement choisi de transgresser à la déontologie afin d’obtenir des avantages personnels au détriment du droit du public à une information de qualité.

Si on veut protéger la société contre les opérations de désinformation que manigancent bon nombre d’acteurs sociaux d’importance, surtout en période de crise sociale, il faut tenir compte des données probantes que la recherche a pu mettre au jour ces dernières décennies et favoriser chez les journalistes une réelle réflexion éthique.

Il ne saurait être question de leur accorder un droit absolu à protéger l’identité de leurs sources d’information compte tenu des menaces que cela fait peser sur le droit du public à l’information.

S’il est préférable que la loi et les juges qui l’interprètent accordent une immunité relative et ne forcent les journalistes à identifier leurs sources que dans des circonstances exceptionnelles, il serait excessif et injustifié de faire de sorte que les journalistes puissent jouir des protections liées au secret professionnel, comme certains le suggèrent.

Outre le lourd relent de corporatisme qu’une telle revendication implique, il faut mettre en évidence qu’elle aurait des effets désastreux sur le droit du public à l’information. En effet, plus rien, alors, ne pourrait freiner les entreprises de désinformation dont les journalistes sont souvent les vecteurs involontaires dans les meilleurs cas, mais aussi parfois les complices.

Par ailleurs, la déontologie reconnaît que le journaliste qui est victime d’une opération de désinformation n’a pas l’obligation de protéger l’identité d’une source fantôme qui a volontairement manipulé et trompé le public. Il conviendrait donc que les journalistes, au nom du droit du public à l’information, dénoncent de temps à autre l’identité de ceux qui les ont bernés afin d’aviser le public de se méfier de ceux qui cherchent à le manipuler.

En dernier lieu, il revient au public de se montrer très méfiant à l’endroit des sources fantômes qui hantent les pages des journaux et les sites Internet, ou qui infiltrent les reportages de la radio et de la télévision. Le public doit savoir que les journalistes ne sont pas toujours en mesure de le protéger contre la propagande et la désinformation. Pire, il arrive parfois que des journalistes ne soient pas motivés à protéger le public contre ceux qui veulent le tromper…
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mardi, novembre 08, 2005

Pratiques novatrices en journalisme, relations publiques et publicité

Le groupe de recherche sur les Pratiques novatrices en communication publique (http://www.pncp.ca/) vient de publier son premier ouvrage collectif aux Presses de l'Université Laval.

Résumé :
Des pratiques radicalement nouvelles apparaissent dans notre système médiatique. À côté des professionnels du journalisme, les relationnistes et publicitaires ainsi qu’une foule de nouveaux acteurs contribuent à redéfinir l’espace de la communication publique. Après avoir rappelé les règles de « l’ordre ancien », ce livre pointe quatre transformations majeures : le retour en force de l’opinion dans les nouvelles, l’influence de la concentration de la presse sur les contenus journalistiques, l’apparition de nouveaux produits médiatiques à vocation d’abord promotionnelle, la multiplication dans les médias des messages à double identité (publi-reportages). Dans une approche à la fois concrète et résolument exploratoire, les cinq auteurs cherchent à décrypter le nouveau jeu des catégories de messages publics qui est aujourd’hui proposé aux citoyens.

dimanche, octobre 16, 2005

Les mythes professionnels actuels des journalistes français

Les mythes professionnels actuels des journalistes français

par Jacques Le Bohec

Département Humanités
UTBM - Site Sévenans
90010 Belfort Cedex - France
03.84.58.31.75.
Email : jacques.le-bohec@utbm.fr

« Il y a un décalage entre l'image que les gens ont de vous et la façon dont... enfin, dont ça se passe réellement. Parce que je crois qu'il y a toujours ce cliché du journaliste reporter qui court partout... qui voyage... qui rencontre plein de gens... qui écrit. Il y a un mythe quand même, le mythe est toujours très fort, très vivant » (Agnès)1 .

« Cette chasse aux mythes, la dénonciation comme non fondés dans les faits des mythes véhiculant des représentations : voilà la tâche des sciences... », Norbert Elias2.

Au premier abord, parler de mythes à propos des journalistes français peut paraître incongru et déplacé. Le sens commun ne nous convie-t-il pas à employer cette notion pour décrire uniquement des populations primitives, archaïques, ignorantes, vivant dans un recoin de l'Antiquité ou une contrée perdue du Tiers Monde ? Ne s'agit-il pas en effet d'une catégorie d'individus dotés d'un grand prestige, d'un niveau scolaire et d'une origine sociale plus élevés que la moyenne, et à laquelle on prête habituellement la capacité de dire la vérité sur ses propres pratiques ? En outre, vu qu'ils diffusent une grande quantité de nouvelles, les journalistes apparaissent immédiatement comme savants et compétents. Comment peut-on, dans ces conditions, persister dans l'idée saugrenue qu'ils adhèrent à des mythes, concernant leur propre milieu professionnel qui plus est, alors qu'ils sont censés mieux le connaître que tout autre puisqu'ils y évoluent quotidiennement ? C'est pourtant ce défi au sens commun que nous avons tenté de relever dans un ouvrage récent3.

(cliquer sur le titre pour lire le reste de l'article)

mercredi, août 17, 2005

Radio-Canada est-elle devenue le vivier du Parti libéral du Canada?

Radio-Canada est-elle devenue le vivier du Parti libéral du Canada?
Marc-François Bernier
Professeur agrégé
Département de communication
Université d’Ottawa


Bien au-delà de la controverse sur ses allégeances politiques actuelles ou passées, la nomination de la journaliste radio-canadienne Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale du Canada soulève à nouveau la question des liens qui existent entre la société d’État et le gouvernement fédéral, pour ne pas dire le Parti libéral du Canada. Au point qu’on peut se demander dans quelle mesure la SRC n’est pas en voie de devenir le vivier du PLC et, au Québec, des troupes fédéralistes.

Cela devrait inquiéter tous ceux (souverainistes, fédéralistes et indécis) qui croient à l’indépendance de cette institution si importante pour la qualité du débat public et des choix démocratiques. En effet, de telles nominations ont toujours un contenu partisan qui mine la réputation de la SRC et alimente l’argumentaire de ses nombreux détracteurs. Les gains politiques du gouvernement Martin risquent de coûter cher en perte de confiance envers la SRC.

Il est étonnant de constater que dans un pays comptant plus de 31 millions de citoyens, les quatre gouverneurs généraux nommés par les libéraux depuis 1984 aient en commun d'avoir fait carrière à Radio-Canada ou CBC (Jeanne Sauvé, Roméo Leblanc, Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean). Il n’est pas question ici de contester la valeur de ces personnes, mais bien de se pencher sur une relation douteuse entre le gouvernement fédéral et une institution majeure qui doit préserver toute sa crédibilité si elle veut survivre.

Dans un récent ouvrage intitulé « L’ombudsman de Radio-Canada, protecteur du public ou des journalistes? » (Presses de l'Université Laval, 2005), j’ai analysé la correspondance entre le public québécois et la SRC. Cette recherche révèle notamment que plusieurs citoyens doutent déjà de l’indépendance, sinon de l’intégrité des journalistes radio-canadiens face au pouvoir politique d’Ottawa.

L’analyse a permis de constater que pour de nombreux plaignants, Radio-Canada est encore une institution fédérale dévouée à l’unité nationale. Certains contestent cette mission au nom de l’équilibre, de l’indépendance et de l’objectivité journalistique alors que d’autres voudraient que cette mission soit encore plus visible, au nom de la « cause » de l’unité canadienne.

Certes, l’orientation souverainiste alimente parfois la suspicion des plaignants, mais cela ne réfute pas tous leurs griefs pour autant. De plus, l’observateur doit tenir compte de plusieurs données qui accréditent cette suspicion quant à l’indépendance politique de la SRC dans un contexte où près de la moitié des électeurs québécois sont souverainistes et considèrent les forces fédéralistes comme des adversaires politiques.



Liens politiques

Faut-il s’étonner de constater que les journalistes de la Société Radio-Canada soient souvent objets de critiques en rapport avec la question de l’unité nationale compte tenu que le mandat de cette société d’État a longtemps été de la favoriser? Il y a aussi le fait que les libéraux de Pierre-Elliot Trudeau n’ont jamais caché leur intention d’en faire un média opposé au mouvement indépendantiste québécois. De plus les dirigeants de cette société d’État, désignés par le Premier ministre canadien, ont souvent une expérience politique et partisane, comme l’observait Arlan Gates du groupe Friends of Canadian Broadcasting.

Par ailleurs, dans le cadre des entrevues menées pour la recherche, un des ombudsmen de la SRC a révélé que pour plusieurs « de la maison », Radio-Canada était toujours considérée comme une télévision d’État plutôt que comme une télévision publique, laissant clairement entendre que les pressions politiques sont encore persistantes.

La question de l’ingérence politique à Radio-Canada a été dénoncée depuis plusieurs décennies. L’historien Alain Canuel relate que la crédibilité de Radio-Canada a été entachée dès le plébiscite sur la conscription de 1942, quand ses dirigeants ont refusé de donner l’accès gratuit aux ondes aux tenants du NON, alors que les tenants du OUI y avaient droit, afin de ne pas compromettre l’unité nationale.

Les chercheurs Denis Monière et Julie Fortier soutiennent pour leur part que les pressions politiques ont toujours été présentes afin que Radio-Canada œuvre à l’unité nationale. Ils citent l’ex-ministre fédéral des Communications, le conservateur Marcel Masse, qui a modifié le mandat de la SRC de façon à ce que celle-ci n’ait plus l’obligation de promouvoir l’unité nationale car cela « ouvrait la porte à une ingérence intolérable (…). Des gouvernements libéraux qui nous ont précédés demandaient à Radio-Canada des comptes sur le nombre de séparatistes qui assuraient ou non la promotion de l’unité canadienne ». Rappelons que ces mêmes libéraux sont au pouvoir depuis 1993.

En 1991, on a donc changé le mandat de la SRC qui ne doit plus servir l’unité nationale mais plutôt « l’identité canadienne ». Ce changement n’est peut-être que cosmétique car les deux concepts sont souvent associés. Ainsi, le premier ministre canadien Lester B. Pearson avait fait de la mise en valeur de l’identité canadienne une des conditions de l’unité nationale entre ce qu’il nommait alors les deux peuples fondateurs du Canada. Par ailleurs, Patrimoine Canada établit un rapport étroit entre le drapeau canadien comme symbole d’identité et d’unité nationale.

Pour sa part, l’actuel président-directeur général de la SRC, Robert Rabinovitch, affirme l’importance de favoriser l’identité nationale qui est la « raison d’être » de la SRC, tandis qu’une ex-présidente du conseil d’administration, Guylaine Saucier (dont le nom a circulé pour succéder à Mme Clarkson), écrivait en 2000 que : «… de toutes les institutions d’importance qu’a créées le Canada, aucune autre que Radio-Canada ne constitue un instrument aussi unique et essentiel pour maintenir les valeurs partagées, favoriser une compréhension commune et promouvoir l’unité du pays. L’arrivée du nouveau millénaire nous encourage tous à Radio-Canada à redoubler d’efforts pour élargir et conserver nos auditoires et servir le mieux possible l’intérêt national.»

Même le Syndicat des journalistes de Radio-Canada s’inquiète parfois des atteintes à l’indépendance de l’information en raison d’influences politiques. Ainsi, en avril 1993, il interpelle le directeur général des programmes d’information pour protester contre l’embauche, à CBV Québec, de l’ex-attachée de presse du ministre conservateur fédéral responsable de la région. Dans une lettre trouvée en annexe d’un rapport annuel de l’ombudsman, le syndicat fait valoir que la règle exige un «purgatoire» de deux ans alors que la candidate n’a quitté ses fonctions partisanes que depuis 13 mois. Le syndicat « estime, pour la sauvegarde de la crédibilité du travail exercé à la SRC, que cette décision doit être révisée », ce qui ne se produira pas puisque la journaliste est toujours au service de la SRC.

En 2000, une controverse entourant le financement occulte des émissions du journaliste Robert-Guy Scully a de nouveau associé Radio-Canada à l’agenda politique du gouvernement fédéral, tout comme les sanctions à l’endroit du journaliste Normand Lester à la suite de la sortie de son ouvrage polémique, Le livre noir du Canada anglais, à l’automne 2001.

L’importance que Radio-Canada a consacrée à la promotion et la diffusion de sa controversée série consacrée à l’histoire du Canada, tout comme son adhésion à une vision consensuelle de l’histoire canadienne, ont de nouveau défrayé la manchette en 2001 et 2002, incitant même un ex-ombudsman de la SRC à défendre la série sur la place publique.

Ces dernières années, Liza Frulla est devenue députée du Parti libéral du Canada et ministre du Patrimoine canadien, elle qui était devenue animatrice à la SRC peu après avoir quitté le Parti libéral du Québec. Une autre ex-journaliste de Radio-Canada, Carole-Marie Allard, a aussi été députée de Laval-Est au sein du même PLC.

Finalement, mentionnons le cas du journaliste spécialisé en économie, Claude Beauchamp, dont le rôle de gouverneur du Conseil de l’unité canadienne a été dénoncé en décembre 2002. Le Conseil est un organisme de promotion, sinon de propagande politique et l’implication du journaliste Beauchamp est incompatible avec les Normes et pratiques journalistiques en vigueur à la SRC. Néanmoins, la direction de Radio-Canada a fermé les yeux.

Si on en reste aux liens entre la SRC et la politique fédérale, les contre exemples, eux, sont rares. Il y a cependant le cas du nouveau député bloquiste du comté de Louis-Hébert, Roger Clavet, dont la carrière journalistique à la SRC s’est déroulée en bonne partie à l’extérieur du Québec. L’analyse des liens pouvant exister entre le personnel de la SRC et les partis politiques provinciaux serait intéressante, certes, mais non pertinente eu égard à la question abordée ici.

Pour ceux qui doutent de la neutralité politique de la SRC, ces faits ont de quoi alimenter la méfiance. La visite de sites Internet favorables à la souveraineté révèle par ailleurs bon nombre de prises de position de Québécois qui expriment sans détour leurs convictions quant à la partialité de Radio-Canada en matière d’unité nationale, le chroniqueur Sylvain Deschênes y voyant même un « traitement outrageusement fédéraliste des questions québécoises », (site Internet Vigile) pendant que le Comité Olivar-Asselin parle de « Radio-Pravda » et accuse les dirigeants de Radio-Canada d’être ni plus ni moins complices d’une propagande fédéraliste. Certaines réactions à la récente nomination de Mme Jean vont dans le même sens.

Sans se prononcer sur le bien fondé de telles accusations, c’est leur existence même qui importe car elle témoigne de la présence d’un profond malaise chez nombre de citoyens, malaise qu’il serait trop facile d’ignorer sur la simple base de leurs convictions politiques.

De telles attaques contre l’impartialité, voire l’intégrité des journalistes radio-canadiens obligent parfois leurs supérieurs à intervenir publiquement pour répliquer, comme l’a fait l’ex-directeur général des programmes information de la télévision, Claude St-Laurent. Répliquant à une critique en règle de l’écrivain Pierre Godin, en 1998, M. Saint-Laurent a affirmé que la SRC ne fait nullement dans la partisanerie et cite à cet effet les modifications apportées à la Loi sur la radiodiffusion de 1991.

On peut douter de la crédibilité, donc de l’efficacité, d’une telle défense si elle n’est pas accompagnée de réformes qui pourraient lui donner du poids dans l’esprit de ceux qui critiquent de bonne foi la SRC.



Des réformes pour assurer l’indépendance de la SRC

Les liens qui existent entre la SRC et les libéraux fédéraux ne prouvent pas hors de tout doute que la société d’État est entièrement inféodée aux forces fédéralistes. Néanmoins, ils sont plus qu’anecdotiques et cela plaide en faveur de réformes majeures pour contrer des perceptions négatives qui ne sont pas si frivoles que certaines aimeraient le faire croire.

Ainsi, le successeur de Robert Rabinovitch ne devrait pas être désigné par le Premier ministre du Canada, mais plutôt choisi et nommé par le Parlement canadien, avec l’accord des partis d’opposition. Cela serait conforme aux vœux de Paul Martin de moderniser le processus de nomination de ceux et celles qui se retrouveront aux commandes des grandes institutions canadiennes.

De plus, il faudrait idéalement abolir la clause « purgatoire » qui interdit pendant deux ans l’embauche de gens qui quittent la vie politique afin de la remplacer par l’interdiction absolue d’embaucher quiconque a vécu professionnellement de la politique partisane. Si un tel interdit est considéré excessif ou irréaliste, notamment parce que cela priverait la SRC de personnes très compétentes, on peut choisir de prolonger la clause purgatoire pour une période d’au moins cinq ans, soit la durée maximale d’un mandat gouvernemental. Il faut toutefois savoir que cette alternative ne réglera pas le problème des perceptions négatives.

De même, il faut aussi assurer le respect intégral des normes qui empêchent toute activité politique ou partisane pour les employés de la SRC, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Dans le même sens, la SRC devrait être soumise à la Loi sur l’accès à l’information afin d’assurer la transparence de toute sa correspondance avec le gouvernement fédéral, comme l’exige l’intérêt public si cher aux journalistes.

Afin de garantir l’indépendance de la SRC face au gouvernement, il faut que ce dernier lui garantisse un cadre budgétaire pour cinq ans, ce qui limitera l’influence que voudraient exercer certains élus ou leurs représentants, surtout dans les moments d’activités politiques intenses (élections, référendum). En effet, les juristes Pierre Trudel et France Abran ont examiné la compatibilité du financement public de la SRC avec la liberté éditoriale des radiodiffuseurs publics. Dans une recherche publiée en 1997, ils concluent que « certaines dispositions de la Loi sur la radiodiffusion concernant le financement gouvernemental de la Société Radio-Canada sont incompatibles avec les impératifs du fonctionnement indépendant du service national de radiodiffusion ».

Ils observent que des mécanismes de financement pouvant mettre Radio-Canada « à l’abri des soubresauts partisans » existent mais ne sont pas mis en vigueur, les gouvernements préférant « se préserver une marge de discrétion » quant au financement de la SRC. Pour eux, rien ne garantit que le processus budgétaire, qui se déroule à huis-clos, soit respectueux de l’indépendance éditoriale de la SRC. Ils croient que cela devrait se décider dans le cadre de débats publics.

Finalement, afin d’éviter toute situation pouvant soulever des doutes quant à la neutralité de l’ombudsman, lequel doit se pencher sur des plaintes concernant l’indépendance journalistique, Radio-Canada devrait se plier aux recommandations d’un groupe de travail qui insistait, dès 1993, pour que le titulaire de cette fonction n’ait plus aucun lien contractuel avec la SRC une fois son mandat terminé. La recherche a révélé un cas troublant à cet effet, où un ancien ombudsman est ensuite devenu contractuel pour la SRC et a défendu son « client » sur la place publique dans une controverse qui concernait justement le rôle politique de la SRC.

De même, la SRC devrait revenir à sa position d’avant 2000 et ne consentir qu’un mandat de cinq ans non renouvelable à son ombudsman, car le renouvellement d’un tel mandat ne peut pas se faire sans soulever la question de la « satisfaction » de la direction de la SRC face aux décisions de l’ombudsman.

Si elle veut demeurer une grande institution publique en mesure de résister efficacement aux attaques dont elle est victime au Québec aussi bien qu’au Canada (pour des raisons différentes), et si elle veut être reconnue comme une source d’information de référence dans un univers médiatique qui vit des transformations profondes, la SRC doit initier les réformes qui la rendront moins vulnérable. Comme d’autres entreprises de presse, la SRC ne sera jamais tout à fait au-dessus de tout soupçon, surtout en raison de ses liens avec le gouvernement du Canada, mais elle pourra se défendre de manière plus convaincante eu égard à son intégrité journalistique.

mercredi, juillet 06, 2005

La déontologie entre l’évolution des pratiques, la sédimentation des idées reçues. et la permanence des valeurs.et la permanence des valeurs.

La déontologie entre l’évolution des pratiques, la sédimentation des idées reçues et la permanence des valeurs. Journalisme et objectifs commerciaux

Prof. Daniel CORNU
Université de Neuchâtel
Centre Romand de formation des journalistes

Les relations entre les objectifs idéaux du journalisme et les réalités commerciales des médias se situent au coeur d’une tension structurelle. Cette tension touche directement à la liberté de l’information, à la fois sous son aspect politique (la libre
circulation des informations et des idées en démocratie) et sous son aspect éthique (la liberté comme condition de la recherche et de l’élaboration d’une information respectueuse des faits et des personnes). Dans les sociétés de longue tradition démocratique, les journalistes ont le privilège d’échapper aux contraintes et aux menaces qui sont le lot de leurs confrères travaillant sous des régimes autoritaires – selon le dernier bilan de l’association Reporters sans frontières (RSF), un tiers de la population mondiale vit encore dans des pays où l’absence de liberté reste de règle1.

Ce sort enviable ne leur donne cependant pas l’assurance d’exercer leur métier dans des conditions de totale indépendance, en seule référence à leurs règles professionnelles et aux normes de leur déontologie. Quelle que soit leur situation
professionnelle (rédacteurs employés à plein temps ou journalistes pigistes), ils sont soumis à d’autres impératifs, qui tiennent, pour faire bref, aux conditions économiques de durée ou simplement de survie de leur entreprise.

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Expansion ou dilution du journalisme?

Denis Ruellan

Denis Ruellan est professeur des universités à l'IUT de Lannion (Université de Rennes 1), membre du Crape (Centre de recherche sur l'action politique en Europe - UMR 6051 CNRS, Institut d'études politiques de Rennes, Université de Rennes 1). Il participe au Réseau d'étude sur le journalisme.



Circulant dans les milieux professionnels ces dernières années, nous sont souvent venus aux oreilles des propos, inquiets ou désabusés, sur un processus à l'oeuvre d'émiettement de la profession, victime de l'arrivée constante de nouveaux profils de moins en moins orthodoxes. Sous l'effet des transformations techniques (la simplification des outils), du développement des activités de communication des sources (de plus en plus compétentes), de la dérégulation des rapports de travail, le spectre des profils professionnels ne cesserait de s'étendre. Ces appréciations ont parfois trouvé écho dans la communauté des sociologues du journalisme ; Erik Neveu notamment voit "un éclatement croissant du milieu" (Neveu, 2004), poursuivant les appréciations de Jean-Marie Charon (1993) qui parlait de "cartes de presse" au pluriel.


(...)

Comme il a souvent été remarqué, la loi ne définit pas le journaliste par la nature de ses activités, mais par les conditions d'exercice de celles-ci : elles doivent être majoritaires, il y a incompatibilité à exercer simultanément certains métiers, le travailleur est dans un lien de subordination, l'entreprise doit être médiatique. Nous avons donc observé comment la jurisprudence applique actuellement ces critères. Nous avons ajouté un cinquième item : la nature de l'activité ; en effet, si le législateur n'a pas défini au fond ce qu'est le journalisme, les tribunaux ont souvent le devoir de se prononcer sur cet aspect, et ce que la loi s'est refusée à dire finit par être déterminé par la jurisprudence...

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La recherche sur le journalisme : apports et perspectives

Séminaire ouvert du Gresec du 1er février 2005

Partant du constat que les travaux de recherche à l'heure actuelle sont parfois redondants, souvent importants mais peu connus, et qu'il y avait sans doute des pans entiers à développer, le Gresec a entendu contribuer à l'établissement d'un bilan collectif de l'activité scientifique sur le journalisme et les pratiques journalistiques.

C'est autour de trois axes proposés par Bernard Miège que la discussion s'est engagée : 1/ L'état de la recherche sur le champ journalistique (à savoir l'évolution des professionnels du journalisme et des activités professionnelles des journalistes ; les discours journalistiques et leur réception ; le journalisme dans l'espace public) ; 2/ Comment se valorisent les travaux de recherche pour les étudiants et pour les professionnels ; 3/ Les objectifs actuels prioritaires.

(Pour lire l'intégralité du texte, il faut cliquer sur le titre qui conduit au site Internet du Gresec)

mardi, juin 21, 2005

Le discours sur l’éthique professionnelle des journalistes français : le cas du Syndicat National des Journalistes (1990-2000)

par Magali Prodhomme

Maître de conférences - Université Catholique de l'Ouest
Revue Commposite, revue électronique des jeunes chercheurs et des jeunes chercheuses en communication
© Magali Prodhomme - 2004 - Tous droits réservés.

Depuis une dizaine d'années, la question de l'éthique des journalistes s'est retrouvée au centre de la réflexion sur le rôle de l'information et l'identité des journalistes, à la suite d'une série d'événements qui ont, pour un temps, altéré sérieusement la crédibilité des médias. Nous posons au principe de notre recherche que la question de l'éthique est au cœur même des débats qui, depuis sa naissance, ont cherché à légitimer la profession de journaliste. La démarche retenue se concentre avant tout sur l'analyse des représentations. Au travers des discours produits par l'un des acteurs sociaux impliqués directement, nous analyserons les significations et les valeurs recherchées et brandies pour légitimer le pouvoir de dire, non pas le vrai ou le faux, mais le bien ou le mal faire de ce métier. Il s'agit de mettre au jour, pour la profession, les significations qu'elle se donne, plus précisément dans le discours du Syndicat National des Journalistes (SNJ).

(Pour lire le texte au complet, cliquer sur le titre)

vendredi, juin 17, 2005

Du discours de l'information aux genres journalistiques : proposition pour une étude socio-discursive du journalisme

Jean-Michel Utard
Centre de recherche sur l'action politique en Europe (CRAPE, UMR CNRS-Université Rennes 1)

(Communication au Dixième Colloque Bilatéral franco-roumainPremière Conférence Internationale Francophone en
Sciences de l'Information et de la Communication (CIFSIC) Bucarest, 28 juin-2 juillet 2003)

(...)
Le journalisme me paraît à cet égard exemplaire. Alors que l'existence d'un discours publicitaire, scientifique, politique, etc. ne semble faire aucun doute, affirmer qu'il y a un discours journalistique paraît incongru, voire paradoxal. On parle plus volontiers du discours de l'information ou du discours des médias : ce qui conduit à assimiler le journalisme à l'une ou l'autre de ces dimensions, et en même temps à le faire disparaître comme pratique discursive spécifique.

Le journalisme ne mérite ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. La production d'information n'est pas l'apanage exclusif des journalistes et les entreprises médiatiques ne sont pas le seul lieu où s'exerce leur activité. La définition du journalisme souffre d'une conception restrictive de ses lieux d'exercice et d'une conception excessive de son rôle dans la production et la circulation de l'information.

C'est oublier que le journalisme est lui même une construction historique et s'est constitué comme profession par exclusion d'autres acteurs sociaux (les politiques, les écrivains, les experts, les amateurs, etc.). La cohérence de cet ensemble « tient non pas à la nature de l'activité, mais à des propriétés de réalisation de celle-ci (principale, régulière, rétribuée, et dans un entreprise médiatique) »[2]. En d'autres termes, s'il est possible, même juridiquement, de dire qui est journaliste et qui ne l'est pas, il est difficile de définir le journalisme.

Idéalement, sinon idéologiquement, l'imaginaire journalistique s'est construit autour de la figure de la médiation. A égale distance des sources qui l'alimentent, des publics auxquels il s'adresse et des employeurs qui le rétribuent, le journalisme jouerait un rôle essentiel dans le fonctionnement de la démocratie, fournissant l'information nécessaire à l'activation du lien social et au débat public. C'est la figure dominante du journaliste politique.

Le journalisme est alors construit en opposition avec son contre-modèle : le publicitaire. Ce dernier est lié à la source de l'information, l'annonceur, pour promouvoir de façon stratégique des produits dont la consommation renvoie à la satisfaction d'intérêts individuels. À l'inverse, le journaliste serait indépendant de sa source pour rapporter de façon objective des faits qui renvoient à l'intérêt général. D'où la construction d'une opposition controversée entre l'information et la communication.

(pour lire le texte au complet, activer l'hyperlien en cliquant sur le titre)