Le 5e pouvoir

Le 5e pouvoir
Décembre 2016

lundi, mars 13, 2017

Une caricature disparue qui fait réfléchir à l’aide de l’État pour les journaux


Marc-François Bernier
Programme de journalisme numérique
Département de communication
Université d’Ottawa

La décision de l’hebdomadaire Le Courrier du Sud de retirer de son site Internet une caricature jugée de « mauvais goût » par le bureau du premier ministre Philippe Couillard arrive au moment où les journaux ont besoin du Gouvernement du Québec pour survivre.

Publiée pour souligner de façon critique et satirique la Journée internationale des femmes, le 8 mars, on y voyait M. Couillard, en djellaba, en train de lapider (sans vraiment l’atteindre) l’ex-député Fatima Houda-Pépin, tout en souhaitant « Bonne fête Fatima ». La référence aux débats sur l’identité québécoise, à la laïcité et au multiculturalisme était sans équivoque. Ce débat oppose vivement M. Couillard et Mme Houda-Pépin.

Le cabinet du premier ministre a jugé la chose de mauvais goût, et en a fait part à la haute direction de TC Transcontinental, rapporte La Presse du 13 mars. La caricature a été aussitôt retirée du site Internet, sans en aviser les lecteurs, même si on la retrouve dans la version papier et sur le journal virtuel en ligne. Le principe de transparence lié à l’imputabilité médiatique aurait voulu que ce soit le journal lui-même qui s’en explique à son public.

Que des gens de tous les milieux interviennent auprès des médias et de leurs journalistes pour faire part de leurs doléances n’est pas une pratique inédite. À ce chapitre, le premier ministre a les mêmes prérogatives que tous les citoyens du 5e pouvoir. Il a même le droit d’y voir la représentation d’un meurtre, pour justifier l’intervention de son entourage. Aux citoyens de juger du bon goût de la caricature et de la recevabilité de l’argument.

Toutefois, de telles doléances provenant des élus et de leur entourage devraient être exceptionnelles, et exprimées publiquement pour éviter d’alimenter les soupçons de connivence entre pouvoirs politiques et médiatiques. Par exemple, en 1998, le cabinet de Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, avait déposé une plainte publique auprès de l’ombudsman de la CBC, qui l’avait rejetée. En 2007, c’était au tour du cabinet du premier ministre Stephen Harper de se plaindre publiquement et formellement de Radio-Canada pour un reportage le mettant en cause.

À l’aide!
Le présent cas soulève d’autres enjeux qui amplifient l’importance du caractère public de telles démarches auprès des médias. Il survient dans un contexte où les journaux sont financièrement fragiles. Plusieurs seraient menacés de disparaître ou ont déjà disparu, et ils sollicitent le Gouvernement du Québec pour leur venir en aide.

En effet, depuis plusieurs mois, la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, regroupant 178 journaux (Le Devoir, Groupes Capitales Médias, TC Transcontinental, Hebdos Québec et Quebec Community Newspapers Association), mène des activités de lobbying et plaide sur la place publique afin de bénéficier de certaines aides et de privilèges de l’État. Le Courrier du Sud est une propriété de TC Transcontinental, et fait partie de cette Coalition qui a besoin du gouvernement que dirige M. Couillard.

La Coalition demande plusieurs choses, dont des crédits d’impôt sur les coûts de production de l’information et sur les investissements numériques, une exemption de la contribution sélective au recyclage, l’abolition des taxes de vente pour les journaux et une augmentation du budget gouvernemental pour les placements publicitaires dans les journaux. C’est son volet offensif.

Plus récemment, dans une démarche défensive cette fois, la même Coalition a demandé au Gouvernement du Québec de maintenir l’obligation, pour les municipalités, de publier leurs avis public dans les journaux, contrairement à ce que prévoient deux articles du projet de Loi 122. Cela représente environ 10 millions de dollars par année, qui pourraient échapper à des médias imprimés déjà affaiblis.

Sans verser dans les procès d’intentions aussi stériles qu’injustes, on peut légitimement se demander pourquoi la direction de TC Transcontinental et du Courrier du Sud ont si prestement décidé de retirer en catimini la caricature de leur site Internet, pour une simple question de « mauvais goût ». Pourquoi cela n’a pas été clairement expliqué à leurs lecteurs? Quelles craintes étaient présentes dans l’esprit des gens en position d’autorité? Quels intérêts étaient en cause? Bref, quelle est la rationalité de cette décision? Cela a-t-il un lien avec des affinités politiques, ou encore avec la crainte de nuire aux démarches de la Coalition ?

On comprend assez facilement, ici, les soupçons que soulèvent de telles décisions quand elles ne sont accompagnées d’aucune transparence, d’aucune explication publique.

Quelle aide pour les journaux?
Il ne fait pas de doute que les journaux traversent une grave crise financière, encore que nous n’ayons pas accès à leurs états financiers, le cas du Devoir mis à part. On pourrait néanmoins débattre longuement quant à la pertinence et au bien fondé de certaines des demandes de la Coalition.

Par exemple, la Coalition veut limiter les aides publiques aux médias établis, ce qui nuirait à l’arrivée de la concurrence, alors qu’il existe déjà une importante concentration de la propriété des médias au Québec. On a cruellement besoin de nouveaux médias d’information au Québec, surtout dans les régions orphelines (sans journaux, sans radio ou télévision locales). Les aides publiques devraient aussi encourager la création de médias peu importe la plate-forme retenue.

Pour ce qui est de l’exemption de la contribution sélective au recyclage du papier journal, ne devrait-on pas plutôt modifier les règles pour que chaque média assume sa juste part, rien de plus mais rien de moins? Les coûts du recyclage doivent-ils être considérés une externalité que doivent assumer d’autres acteurs économiques, surtout quand certains journaux débordent de contenus publicitaires et promotionnels, plutôt que de contenus essentiels à la démocratie et au droit du public à l’information?

Le critère qualitatif : l’intérêt public
Mais l’enjeu le plus important, sur le plan démocratique, demeure l’indépendance éditoriale des journaux. À raison, la Coalition insiste sur cette indépendance comme prérequis du rôle démocratique de leurs journaux. C’est pourquoi elle demande des aides qui ne reposeraient sur aucun critère qualitatif. Une telle formule, il est vrai, atténuerait les risques d’ingérence de l’État dans les salles de rédaction, de même que les apparences d’ingérence.

Or, un important critère qualitatif est implicite dès que l’on fait valoir que l’aide publique va aider les journaux à assumer leur rôle démocratique. C’est un engagement à produire et à diffuser des contenus journalistiques d’intérêt public (science, éducation, économie, politique, etc.), plutôt que des faits divers, du sport, des recettes, des articles promotionnels (style de vie, tourisme, automobile, habitation, etc.).

Certes, l’État n’a pas à juger si le journalisme pratiqué est de qualité ou pas, mais il peut s’assurer que son aide favorise des contenus d’intérêt public liés à des thématiques souvent délaissées par des médias, parce que non rentables. Cela peut se faire notamment par un monitoring des contenus produits, pour voir si l’aide publique a conduit à des articles et reportages d’intérêt public. On pourrait aussi exiger que les patrons des journaux produisent un rapport annuel public pour faire état des retombées de cette aide venue directement ou indirectement des contribuables.

Indépendance, transparence et imputabilité
Il faut fort probablement venir en aide aux médias qui produisent et diffusent de l’information essentielle à la démocratie, c’est-à-dire une information d’intérêt public, véridique, rigoureuse et exacte, équitable et intègre. Il faut de plus favoriser la plus grande diversité médiatique qui soit, pour que chaque média puisse palier aux angles morts de leurs concurrents, inaptes à l’autocritique le plus souvent (c’est La Presse qui nous révèle ce que ne disait pas Le Courrier du Sud).

Le défi est de trouver un mode de distribution des aides publiques qui favorise l’information démocratique, sans financer des contenus journalistiques promotionnels ou ludiques.

Peu importe le modèle de distribution qui pourrait être éventuellement retenu, il va inévitablement alimenter de légitimes soupçons de connivence entre pouvoirs politiques et pouvoirs médiatiques, si tous les acteurs continuent de se parler et à agir en secret, sans transparence ni imputabilité.

Le retrait plus que discret de la caricature jugée de « mauvais goût » nous aura au moins rappelé à ces principes fondamentaux que sont l’indépendance, la transparence et l’imputabilité des médias dans les rapports qu’ils entretiennent forcément avec les élus et leur entourage.

13 mars 2017

vendredi, février 17, 2017

La construction médiatique des peurs sécuritaires : une réalité à apprivoiser



Marc-François Bernier (Ph. D.)
Professeur titulaire
Département de communication
Université d’Ottawa

(Texte de 2016 légèrement remanié)

Dans un monde où médias et journalistes prendraient au sérieux la réflexion critique et les données probantes de la recherche, il y aurait moins de peurs et d’angoisses inutiles. Mais cela n’est pas dans leur intérêt, eux qui recherchent frénétiquement l’attention du public. Il est plus sage d’apprendre à nous méfier de leurs emballements et dérapages pas toujours contrôlés.

La peur est une émotion négative, mais nécessaire. Elle permet à l’individu et aux collectivités d’activer des mécanismes de protection salutaires : mécanismes biologiques, physiques, sociaux ou politiques. Mais encore faut-il qu’elle soit fondée sur des informations factuelles, et non le résultat d’une construction trompeuse, inutilement alarmiste et anxiogène.

Il y a les peurs épisodiques (incidents nucléaires, changements climatiques, clonage, etc.) auxquelles répondent des interventions règlementaires (contrôle de qualité, mesures écologiques, encadrement déontologique de la recherche, etc.). Et il y a les peurs dont on parle abondamment (crimes, terrorisme, etc.). Ces dernières appellent des mesures sécuritaires valorisant la répression, la coercition, voire l’exclusion.

Dans les sociétés de la communication mondialisée et instantanée, la peur est souvent une résultante du discours médiatique à propos de faits sociaux (les soit disant accommodements raisonnables, la crise économique, la crise financière, etc.), d’évènements dramatiques (les faits divers, le terrorisme), de drames géopolitiques (les guerres, génocides, etc.) et de catastrophes naturelles (inondations, ouragans, changements climatiques, etc.).

Dans la très grande majorité des cas, nous sommes confrontés à ces phénomènes humains et naturels par le traitement médiatique. Or, nous savons que le discours médiatique est souvent excessif, exagéré, voire trompeur aussi bien en ce qui regarde les faits que les conséquences appréhendées (Lemay 2014). Il est aussi porteur de préjugés.

C’est en ce sens qu’on peut, à raison, parler de la peur comme d’une construction médiatique. Aussi illusoire ou factice peut-elle être, elle a de réelles conséquences pour quiconque est incapable de s’en prémunir adéquatement :

« La peur est dite communicative, alors que les angoisses seraient plutôt contagieuses. Elle se porte sur un objet extérieur (une personne, une situation, un danger), tandis que l'angoisse, qui plane, n'en a pas de visible. (…) Si elles sont communicatives, les peurs collectives le sont principalement par les médias » (Maurice 2003, 5).

L’Autre médiatisé
Il ne fait pas de doute que l’essentiel de nos représentations de l’Autre passe par le discours médiatique. C’est vrai dans les localités et régions que nous habitons, mais encore davantage lorsque cet Autre nous est étranger. La dépendance médiatique de nos représentations augmente en fonction des distances géographiques, culturelles, ethniques et religieuses qui nous séparent de cet Autre.

Depuis 1980, des recherches indiquent que la consommation médiatique, entre autres facteurs, a pour effet d’alimenter des peurs disproportionnées d’être victimes d’actes criminels, eu égard aux risques objectifs.  À la suite des évènements de septembre 2001, des sondages réalisés aux États-Unis ont révélé qu’une personne sur trois avait peur qu’elle même, ou quelqu’un de sa famille, soit victime d’actes de terrorisme (Nellis et Savage 2012). Ces auteurs ajoutent que les effets de ces peurs sont multiples : peur de voyager, anxiété, dépression, insomnie ainsi que le soutien à des politiques publiques qui limitent les libertés individuelles.

Gerbner et ses collaborateurs l’avaient déjà observé il y a des décennies : plus les gens s’exposent à certains contenus médiatiques (les informations télévisées ou les téléséries violentes par exemple), plus ils ont tendance à estimer que leur environnement est dangereux (Parenti 1990). De même sont-ils plus enclins à appuyer ou exiger davantage de dépenses liées aux mesures de sécurité (police, armée, mesures de sécurité et de surveillance, etc.). Autant de mesures potentiellement liberticides.

Gerbner y avait d’abord vu un phénomène culturel d’incubation, où le consommateur de contenus médiatiques violents s’isole de sa réalité immédiate, par crainte d’être victime de violences. Plus tard, on ajoutera la notion de la résonance de l’information journalistique (news), où on tient aussi compte du taux réel de criminalité dans l’environnement des citoyens, ou du fait d’avoir été ou non victime d’un crime, ou de connaitre une telle victime. Ces faits vécus amplifient les effets médiatiques.

Il demeure cependant que la consommation de contenus violents (information et fiction) contribue à alimenter une peur excessive. Il faut aussi prendre en compte l’attention accordée à ces contenus médiatiques, puisqu’il arrive que l’exposition aux médias soit superficielle (pendant qu’on se livre à d’autres tâches par exemple). Il en va de même de la crédibilité accordée à ces contenus, même si l’importance de ce dernier facteur demeure contestée.

Pour Nellis et Savage, il semble raisonnable de penser que l’impact médiatique des contenus médiatiques traitant de terrorisme est plus facile à démontrer que celui lié à la criminalité. Cela s’explique par le fait que très rares sont les gens victimes d’actes de terrorisme, si bien que la connaissance qu’ils en ont provient essentiellement de leur consommation médiatique.

Les recherches ne sont pas unanimes toutefois. Selon la revue de littérature de Nellis et Savage, il peut y avoir des prédispositions à consommer ce genre de contenus, par exemple lorsque des craintes sont déjà présentes et demandent à être confirmées. On retrouve là un biais de confirmation qui vient avec une exposition sélective aux médias.

De même, les auteurs insistent pour distinguer d’une part la perception du risque d’être victime de terrorisme (l’inquiétude en somme), et d’autre part la peur d’être victime du terrorisme. La peur serait liée à la perception d’une menace immédiate, tandis que l’inquiétude renverrait à une perception des risques liés à des menaces éventuelles et imprécises.

Dans leur recherche portant sur un échantillon représentatif de citoyens adultes des régions métropolitaines de New-York et Washington, Nellis et Savage ont cherché à savoir si leurs répondants craignent pour eux-mêmes ou pour leur famille. Ils ont donc mesuré le risque perçu pour soi et pour les autres. Ils ont trouvé une relation entre le nombre d’heures d’exposition aux nouvelles télévisées et la peur qu’un membre de sa famille soit victime de terrorisme, mais pas avec la peur d’être soi-même victime de terrorisme. Les gens plus âgés craignaient moins pour eux-mêmes que les plus jeunes, peut-être en raison de leur expérience de la vie suggèrent les auteurs, et la crainte était plus élevée chez les femmes. Par ailleurs, l’exposition aux nouvelles télévisées est associée à la perception du risque du terrorisme pour soi-même et pour les membres de sa famille.

Questions de marché
Le problème de la médiatisation des actes de terrorisme se révèle à deux niveaux. La nécessité démocratique d’informer les citoyens de la réalité et de ses menaces potentielles d’une part, et l’obligation commerciale de recourir à des formes rhétoriques (hyperbole, répétition, analogies, métaphores, emphase, etc.) qui amplifient la perception des risques réels d’autre part.

Depuis le tournant des années 2000, les médias d’information évoluent dans un écosystème marqué par l’abondance, où l’hyperconcurrence dicte des stratégies de visibilité. Ce phénomène a notamment des causes technologiques et économiques. Le discours médiatique s’inscrit dans un marché saturé où il faut capter l’attention des publics plus sollicités que jamais. Pour l’obtenir, l’appel aux émotions (dont la peur) est une stratégie gagnante. Elle permet, à peu de frais, de produire des contenus susceptibles d’attirer un important trafic sur toutes les plateformes des médias.

Ces transformations médiatiques surviennent au moment où se manifeste une plus grande activité de la part de grands groupes terroristes. Depuis les attentats au World Trade Center de New York, le 11 septembre 2001, en passant par les invasions illégales et les conflits armés au Moyen Orient, jusqu’aux actes de terrorismes à Boston, Ottawa, Londres, Madrid, Paris, Tunis et même Québec, la violence médiatisée a accru le caractère anxiogène de la vie en Occident.

Les médias ont pour leur part un intérêt particulier à amplifier la gravité des actes de terrorisme, afin de retenir l’attention du plus grand nombre possible de gens, pendant la période la plus longue possible aussi. Cela se vérifie surtout au début des évènements dramatiques, lorsque la curiosité, l’inquiétude et la soif de savoir des gens sont à leur sommet, alors même que les informations disponibles sont rares. C’est à ce moment précis que les risques de sensationnalisme médiatique sont les plus élevés (Frost 2011, Bernier 2014).

En Europe, Lits rapporte qu’une étude quantitative réalisée en 2002 a observé que le thème de l’insécurité était déjà au haut du palmarès des thématiques médiatiques :

« on note que la hiérarchisation de l'information, le temps ou l’espace de sa diffusion changent donc grandement l'impact d'un crime ou d'un délit médiatisé, et que l'espace médiatique consacré à l'insécurité peut tout à fait être sans commune mesure avec son extension dans la réalité. » (2003, 14).

En 2015, selon la firme Influence Communication, les deux événements ayant généré le plus d’attention médiatique dans les médias québécois ont été les attentats visant les journalistes de Charlie Hebdo en janvier 2015, et les attentats de Paris survenus le 13 novembre 2015[1].

Sachant que la consommation de nouvelles télévisées peut favoriser la peur et l’inquiétude, eu égard à la possibilité d’être victime de terrorisme, et sachant aussi que les médias ont un intérêt particulier à amplifier la couverture journalistique, la question se pose à savoir si la couverture médiatique est excessive ou sensationnelle. Une couverture médiatique proportionnelle à la gravité objective des évènements - c’est-à-dire factuelle, contextualisée et nuancée - peut favoriser chez les citoyens des réactions rationnelles ainsi que des peurs et inquiétudes raisonnables.

Toutefois, une couverture excessive, sensationnelle, marquée par les spéculations, les exagérations, les rumeurs et des commentaires alarmistes peut conduire à des craintes et des peurs déraisonnables et irrationnelles. Ces dernières peuvent à leur tour provoquer anxiété et angoisse que les citoyens chercheront à calmer en appuyant des lois punitives ou encore des mesures sécuritaires menaçant les libertés démocratiques (liberté d’expression, liberté d’association, libertés religieuses, etc.). Parfois par l’élection de leaders antidémocratiques.

De même, les discours médiatiques qui laissent croire que le terrorisme est une violence importée par des étrangers peuvent alimenter des réactions xénophobes au sein de la population. Cela n’est pas sans conséquence.

Médias de Québec
Ces dernières années, et particulièrement ces dernières semaines à la suite de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, le traitement médiatique d’évènements terroristes a alimenté - dans certains médias du Québec, chez certains animateurs radiophoniques et chroniqueurs cumulant diverses fonctions médiatiques - un discours de fermeture et de rejet de catégories sociales facilement identifiables : musulmans, réfugiés, migrants ou immigrants, autant de catégories amalgamées, associées en vrac à des risques de terrorisme.

Pourtant, c’est principalement pour fuir les actes de terreur ainsi que les ravages de la guerre civile que des centaines de milliers de réfugiés syriens ont fui leur pays, et que le Canada s’est engagé à en recevoir jusqu’à 25 000 en quelques mois, au début de 2016. Cette immigration massive a bien entendu été l’objet d’une importante couverture médiatique, avec pour trame de fond la peur que des terroristes ne se glissent parmi les réfugiés. Ces peurs et inquiétudes ont été diffusées bien avant que d’enquêter ou d’informer le public sur les procédures de sélection, que l’on dit par ailleurs très rigoureuses.

C’est dans ce contexte que quelques influentes stations radiophoniques de la Ville de Québec ont abordé cet enjeu humanitaire pour le transformer en menace sécuritaire. Des animateurs ont ainsi nourri le sentiment d’insécurité et une attitude de rejet des réfugiés syriens. On peut penser qu’ils ont encouragé quelques déclarations ambigües du maire de Québec, Régis Labeaume, dont une grande partie des supporteurs se trouve au sein de l’auditoire de ces mêmes stations radiophoniques. Les choses semblent avoir changé ces dernières semaines, le même maire Labeaume devenant le critique sans doute le plus féroce de ces stations de radio, et même des médias de Québecor.

Il y a lieu ici de signaler qu’il s’agit d’un phénomène régional, lequel contraste avec d’autres milieux urbains québécois, dont Montréal, plus ouverts aux flux migratoires. Dans la Vieille Capitale, on retrouve 11 stations radiophoniques FM, mais deux stations revendiquent près de 30 % des auditeurs aux heures de grande écoute CHOI-FM et FM93,3[2]. Ce sont elles qui diffusent le plus de propos lourds de préjugés, voire de xénophobie dans certains cas. On y dira, par exemple que si « tous les musulmans ne sont pas terroristes, touts les terroristes sont musulmans »[3], ou encore « Ceux qui veulent nous éliminer, nous les occidentaux, c’est pas mal les musulmans… »[4].

On peut se risquer à expliquer pourquoi on retrouve à Québec un microclimat médiatique particulièrement réfractaire à l’Autre. Cela repose sur un ensemble de caractéristiques historiques, culturelles, géographiques, linguistiques et religieuses. On retrouve à Québec :

-     Une importante base militaire, établie de longue date
-     D’importantes institutions religieuses catholiques (église, archevêché, écoles, communautés religieuses, etc.)
-     Une homogénéité linguistique francophone chez près de 94 % des citoyens (moins de 4 % ont une langue maternelle autre que l’anglais ou le français[5])
-     Du ressentiment envers la « grande ville » de Montréal, plus hétéroclite, multiethnique, principale productrice des contenus culturels, et perçue comme arrogante et hautaine
-     Une tradition de fonctionnaires provinciaux qui ne sont pas reconnus pour être des agents d’innovation, mais plutôt des administrateurs de programmes normés.
-     Des générations de jeunes nés de parents fonctionnaires, souvent frustrés par leur milieu de travail, ce qui alimente un préjugé défavorable à l’État et à ses missions
-     Un auditoire de jeunes, des hommes surtout, qui retrouvent leurs repères dans la culture populaire américaine elle-même proche des valeurs conservatrice des États-Unis (sports, cinéma, musique, télévision, etc.).

Ces caractéristiques seraient les ferments d’un certain conservatisme qui peut expliquer l’attrait pour des discours conservateurs parfois proches de courants identitaires. Certes, il faudrait procéder à des enquêtes sociologiques pour valider (ou réfuter le cas échéant), le poids relatif de chaque caractéristique dans l’explication des causes du microclimat médiatique de la Vieille Capitale.

Il fait peu de doute cependant que le discours sécuritaire, voire xénophobe de certaines stations radiophoniques de Québec, est un ajustement fonctionnel et idéologique au milieu ambiant, ce qui du reste est recherché par les annonceurs. Ce microclimat médiatique fonctionne donc à merveille pour ces acteurs économiques.

Par ailleurs, de telles réactions contribuent à polariser les débats, à alimenter les préjugés et réflexes discriminatoires. Cette construction médiatique de la peur engendre des réflexes sécuritaires qui valorisent l’exclusion et privent certaines sociétés, pourtant privilégiées, d’un humanisme et d’une solidarité essentiels dans un contexte de mondialisation, de mutations, de conflits et de drames naturels.

Mesures prophylactiques
Il est illusoire d’espérer une transformation de certains acteurs médiatiques dont les intérêts sont bien servis par des discours de peur et d’exclusion. Et pourtant il y a lieu de réagir, de ne pas demeurer passif ou dans une posture de victime.

La meilleure garantie pour se protéger des peurs inutiles demeure l’information, mais cela soulève un paradoxe : consommer les médias peut alimenter des excès de peur et d’anxiété (voire favoriser des mesures liberticides au nom de la sécurité), et pourtant il faudrait consommer davantage d’informations pour dominer cet état psychologique. D’autant plus qu’il ne fait aucun doute que d’autres évènements dramatiques auront lieu, qui alimenteront de nouvelles dérives médiatiques. Il faut donc savoir identifier les meilleures sources d’information.

Si on ne peut modifier bon nombre de discours médiatiques, dans une société de liberté d’expression, on peut toutefois affaiblir passablement leurs impacts négatifs, sans pour autant se priver d’informations pertinentes à la compréhension des évènements. Voici donc 10 recommandations pour favoriser une saine hygiène médiatique, quand se déroulent des évènements anxiogènes :

1 – En temps de crise (cataclysme, terrorisme, etc.), limiter la consommation d’informations en continu dès les premières heures, malgré notre curiosité (théorie de Frost).
2 – Chercher plutôt des sources crédibles en fonction des évènements (souvent, il ne s’agira pas de votre média de prédilection)
3- Diversifier les sources d’information et accepter de considérer des faits nouveaux, même ceux qui s’opposent à vos croyances.
4 – Rechercher des contenus archivés afin de mieux comprendre le contexte général de l’évènement nouveau.
5 – Se méfier des médias sociaux qui colportent indifféremment rumeurs, faussetés et vérités sans qu’on puisse départager les uns des autres
6 – Évaluer calmement et de façon réaliste la portée et la signification réelles des évènements.
7 – Chercher des évènements similaires déjà survenus afin de constater que la vie continue malgré tout, que les sociétés survivent et retrouvent le plus souvent leur équilibre.
8 – Éviter d’accorder trop d’importance à des analystes et commentateurs qui réagissent de façon émotive et à chaud aux évènements. Évaluer leur expertise.
9 – Chercher à comprendre qui peut essayer de profiter des évènements pour servir leurs intérêts (politique, sécuritaire, économique, médiatique, policier, etc.), sans sombrer dans les théories du complot pour autant.
10 – Résister à la tentation de favoriser des solutions simples et radicales. Les drames ont toujours des causes multiples et complexes, ce qui explique leur caractère largement inattendu, bien que souvent prévisibles.

* * *

Références
BERNIER, Marc-François (2014), Éthique et déontologie du journalisme, 3e édition, Québec, Presses de l’Université Laval.

FROST, Chris (2011), Journalism, Ethics and Regulation, 3e Edition, London, Routledge.

LEMAY, Michel (2014), Vortex : La vérité dans le tourbillon de l’Information, Montréal, Québec Amérique.

LITS, Marc (2003), « Quand les crimes et délits médiatisés suscitent la peur », in Les médias et la peur : Les médias créent-ils ou reflètent-ils les peurs collectives ? 2e colloque de l’Institut de journalisme et communication, Université de Neufchâtel, 11 avril 2003, p. 12-16.

NELLIS, Ashley Marie et Joanne SAVAGE (2012), « Does Watching the News Affect Fear of Terrorism? The Importance of Media Exposure on Terrorism Fear », Crime & Delinquency 58(5) 748–768.

MAURICE, Antoine (2003), « La construction des peurs par les médias », in Les médias et la peur : Les médias créent-ils ou reflètent-ils les peurs collectives ? 2e colloque de l’Institut de journalisme et communication, Université de Neufchâtel, 11 avril 2003, p. 5-9.

PARENTI Michael (1990). « The Make-Believe Media: Media images influence how we appraise a host of social realities », The Humanist, November/December, vol 50, no 6., p. 18-20.



[1] Voir État de la nouvelle, bilan 2015, (http://www.influencecommunication.com/sites/default/files/bilan-2015-qc.pdf), lien consulté le 16 décembre 2015.
[2] Selon les données Numéris publiées en décembre 2015 (http://www.journaldequebec.com/2015/12/03/sondage-numeris--quelle-station-sera-la-championne-des-cotes-decoute).
[3] Tel que rapporté par un  site activiste s’opposant à ce qu’on présente comme des «radio poubelles» (http://sortonslespoubelles.com/tag/richard-martineau/).
[4] Voir (http://sortonslespoubelles.com/ceux-qui-veulent-nous-eliminer-nous-les-occidentaux-cest-pas-mal-les-musulmans/).

jeudi, février 02, 2017

Discours médiatiques extrêmes dans la région de Québec: Un chantier pour aller au-delà des accusations gratuites*



Par Marc-François Bernier (Ph. D.)
Professeur titulaire
Département de communication
Université d’Ottawa


Non, les animateurs radiophoniques de la région de Québec n’ont pas de sang sur les mains. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient au-dessus de tout soupçon dans le drame de la Grande Mosquée de Québec.

L’incapacité de pouvoir affirmer avec confiance qu’ils n’ont rien à voir avec ce drame est cependant révélatrice d’un profond malaise qu’on aurait tort de prendre à la légère.

Ce drame aura été d’une telle ampleur qu’il a contribué à mettre au jour une multitude de petits drames et agressions vécus au quotidien par la communauté musulmane de Québec. Les témoignages entendus ces derniers jours sont éloquents. Ils ne sont pas inédits cependant pour qui voulait les entendre par le passé.

Certes, on ne peut en aucune façon démontrer que certaines radios de Québec, certains animateurs et certains chroniqueurs sont directement responsables des gestes attribués à Alexandre Bissonnette. Les recherches menées depuis des décennies sur les effets des médias nous obligent à faire preuve de nuance à cet effet. Les effets ne sont pas reconnus pour être directs ou prépondérants. Mais ils existent néanmoins.

Selon les circonstances, selon les époques et les individus, ces effets peuvent être cumulatifs. Des discours médiatiques peuvent en effet légitimer des comportements agressifs et violents. Ils peuvent désinhiber des individus auxquels il ne manque parfois qu’un élément déclencheur pour verser dans la violence envers les autres (le meurtre par exemple) ou envers soi (le suicide).

Ces discours médiatiques peuvent aussi contribuer à autoriser, chez des citoyens plus ou moins prédisposés, des comportements et des attitudes de rejet, ou une culture du ressentiment, qui se matérialisent par des agressivités verbales et physiques d’ampleur variable.

Notons que différentes communautés peuvent être ciblées ici, bien au-delà de la communauté musulmane : le genre, l’appartenance ethnique, les convictions religieuses, l’affiliation politique, le statut social ou encore l’orientation sexuelle sont autant de catégories sociales, incarnées par des individus porteurs de dignité humaine, auxquelles peuvent s’attaquer à répétition différents acteurs médiatiques.

C’est ainsi que les discours médiatiques extrêmes et répétitifs peuvent avoir des conséquences dramatiques chez des individus, d’autant plus que ces discours sont prolongés ou amplifiés par les médias sociaux. Ils percolent dans tous les milieux. Ils contaminent le débat social aussi bien que le vivre ensemble.

Un chantier incontournable

Il est temps de se pencher sur ce phénomène troublant de façon plus sérieuse. Il est temps de lancer un vaste chantier pour encourager un dialogue sur des bases solides. Un chantier qui facilite les échanges et la compréhension mutuelle. Un chantier aussi important socialement et moralement que le sont économiquement les chantiers de construction sur nos routes.

Examiner l’impact des discours radiophoniques sur différentes communautés de la région de Québec est un double défi éthique et méthodologique. On peut évoquer sommairement ces défis, ne serait-ce que pour illustrer l’ampleur du chantier.

Il faut d’une part assurer la plus grande indépendance qui soit de la part des chercheurs qui ne doivent être aucunement affiliés, de près ou de loin, à des groupes politiques ou des organisations médiatiques – notamment quant à leur financement. Il va de soi qu’ils ne peuvent, non plus, être eux-mêmes des acteurs politiques ou médiatiques. Il faut éliminer autant que faire se peut d’éventuelles suspicions quant à leurs motivations et intérêts. C’est une question d’intégrité avant tout.

Toujours sur le plan éthique, la démarche de recherche doit nécessairement être marquée par l’équité, ce qui implique d’accorder à toutes les parties mises en cause une réelle occasion de se faire entendre, de verbaliser leurs points de vue, voire de réagir à celui des autres.

Les chercheurs ne sont pas dépourvus de valeurs et de convictions, c’est pourquoi ils doivent eux-mêmes se plier à de telles exigences éthiques, auxquelles s’ajoute une démarche méthodologique reconnue.

Sur le plan méthodologique, une recherche sérieuse repose en premier lieu sur la quête de faits probants, significatifs et représentatifs. Cela peut prendre la forme d’une importante analyse de contenu, pour documenter et mettre en contexte les propos tenus par des acteurs médiatiques clés, que ce soit en ondes ou sur d’autres plateformes médiatiques (papier, Internet, télévision, etc.).

Dans un second temps, il faudrait se pencher sur l’écho que ces discours médiatiques ont sur différents médias sociaux, afin d’avoir une idée plus précise de ceux qui suscitent le plus l’adhésion ou le rejet auprès de certains publics.

Dans un troisième temps, il y a lieu de procéder à quelques enquêtes d’opinion publique dans le but d’identifier, autant que faire se peut, comment sont perçus, interprétés ou décodés certains discours médiatiques visant des groupes et communautés de la région. Cet exercice exige la réalisation de quelques sondages thématiques et de plusieurs groupes de discussion. Il est important de mieux connaître le profil de ceux qui adhèrent à des discours qu’on peut qualifier d’extrêmes, et pour quelles raisons ils le font.

Dans un quatrième temps, après avoir fait une synthèse de ces informations, il faut revenir vers les acteurs médiatiques afin de leur permettre de réagir, d’expliquer, de se justifier le cas échant.

Finalement, il faut une stratégie de diffusion et de vulgarisation des résultats de la recherche afin d’encourager un dialogue de bonne foi, où l’échange devrait faire obstacle à l’affrontement, où le débat devrait se substituer au combat verbal souvent stérile.

Ne pas attendre le prochain traumatisme


Il est raisonnable de croire que la réalisation d’un tel chantier va nécessiter plusieurs mois, sinon quelques années de travail scientifique. Il faut aussi savoir à l’avance qu’il ne va pas identifier de « coupables », en raison de l’impossibilité d’établir des causalités directes. Il va cependant permettre de mieux identifier les responsabilités que doivent assumer les uns et les autres.

On aurait tort de croire qu’une telle démarche marquée par la recherche, le dialogue et l’autocritique va conduire à la censure et l’inhibition indue de la liberté d’expression. Au terme du chantier, il n’y aura ni plus ni moins de sujets tabous qu’en ce moment. Ils seront probablement abordés de manière différente cependant. Dans le respect des individus et des communautés dont on parlera, et avec qui on parlera désormais. Dans le respect, aussi, du droit des publics à être informés et éclairés. Dans le souci de la vérité comme de l’équité.

Il a fallu quelques effondrements de routes et de viaducs avant d’entreprendre de grands travaux routiers au Québec. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le chantier esquissé ici, qui s’inscrit dans la durée, sera initié avant un prochain traumatisme social.

Rien ne garantit qu’il empêcherait un prochain drame, mais on aurait au moins la certitude morale de ne pas avoir été négligent.

* Ajout - Précision importante: la présente contribution n'est pas une proposition de service de la part du signataire :)


vendredi, décembre 09, 2016

The Wentegate or the rise of citizens as Fifth estate and spontaneous media co-regulators

The Wentegate or the rise of citizens as
Fifth estate and spontaneous media co-regulators[1]

Marc-François Bernier (Ph. D.)
Full Professor
Department of Communication
University of Ottawa
mbernier@uottawa.ca

Introduction
September 25, 2012, Margaret Wente, a columnist for the Toronto-based newspaper The Globe and Mail, was forced to defend herself against a growing number of plagiarism accusations. Although the paper’s public editor, Sylvia Stead, had smoothed things over a few days prior (Stead 2012), criticism in social media continued to mount, and the story was beginning to appear in the traditional media.

The day before, the paper’s editor-in-chief recognized that Wente had not followed the proper sourcing standards. He also stated that disciplinary measures were taken, without specifying their nature, but did mention that Wente would remain on staff. It was also announced that, in the future, Stead would report directly to the publisher rather than to the newsroom, which is the practice in many news organizations, to avoid the perception of bias (Ladurantaye 2012). This action acknowledges and addresses a problem that can potentially damage the credibility of the public editor, despite the importance of this role as one of journalism’s self-regulatory mechanisms.

The Globe and Mail’s publisher added a note in the header of the electronic archive version of Wente’s column, stating that the author had paraphrased ideas that were not hers and had not provided proper references (Stead 2012). Wente claims, however, that the mistake she made was reproducing notes that she had taken down some time ago. Wente goes on to condemn the growing vigilance of the public, asserting that journalists and the media are now under constant scrutiny. She also takes issue with Carol Wainio, a University of Ottawa professor and editor of the Media Culpa blog dedicated to exposing what she sees as errors in the media. Wente claims that she is persecuted by this blog, calling it nothing more than an “obsessive” list of accusations of plagiarism and factual errors (Wente 2012).

Without getting into the details of this particular story, which some have referred to as Wentegate (Alzner 2012), it is easy to grasp the magnitude of citizen vigilance as voiced in social media networks, blogs, and other Internet forums. Wente’s case is not unique – Rathergate was likely the first warning shot of growing citizen vigilance on social media networks, which at the time were only just emerging[2]. Another example is that of the Chicago Tribune journalist fired for making up sources in his news story; professional misconduct that was quickly reported in the blogosphere (Levy 2012).

These cases are more than mere anecdotes. They reveal a trend that has been acknowledged and addressed in many countries, namely, that the public has taken up the role of criticizing the news media and journalism practices. There was a time when the press was the sole gatekeeper of public discourse, especially for matters where it was concerned, but this is no longer the case. Gone are the days when public criticism of the media could only seldom be heard in the public sphere, a space unavoidably guarded by journalists. Until recently, the media organizations set the agenda. They were the ones who selected which issues were up for discussion and which critical voices could be heard. They used to enjoy a monopoly of sorts with the self-regulatory mechanisms they created (press councils, ombudsman, and press mediators). However, the effectiveness, independence and credibility of these measures are often questioned in a number of countries.

The Internet and the interactions made possible by social media have opened the floodgates to public media criticism. Whether or not the criticism is relevant or valid is another debate, but the role played by ordinary citizens as standards setters is not to be ignored and is bound to reach unprecedented significance. The media can no longer claim its self-regulatory measures are adequate to ensure the quality and integrity of information, since citizens are so quick to point out its shortcomings. Citizens must now be considered as media’s co-regulators.

Media accountability
Media and journalists claim to serve the public’s right to information and expect the highest degree of freedom to achieve this end. Journalists’ social legitimacy depends on an implicit social contract between themselves and civil society, whereby they are granted certain rights and responsibilities. This also justifies the creation of accountability measures to ensure that the responsibilities are accepted in compliance with the terms of the social contract (Bernier 1995).

This contract is based on three principles, namely; representation, responsibility, and accountability. Representation hinges on the notion that journalists act on behalf of citizens (journalists act in citizens’ interest; they ask questions and seek information on their behalf, etc.); responsibility, that journalists are responsible in the use of their freedoms and privileges (professional codes of ethics set out their responsibilities and obligations in order to ensure the quality of the information gathered on the behalf of citizens); and accountability, that they have an obligation to account for their behaviour (to the courts, press councils, the public, the profession, etc.). These values and others governing media and journalistic practices are laid out in numerous codes of ethics and professional practices, which also discusses key principles such as serving the public interest (as opposed to personal interests), rigor in research methods and a duty to the truth, accuracy, fairness and balance in news-gathering and coverage, impartiality in the reporting of events, integrity with respect to attribution of sources and avoidance of conflicts of interest that could potentially undermine journalist impartiality (Bernier 2004).

Generally speaking, accountability, or the obligation to be called “to account”, occurs when an actor is required to answer for the way in which he or she has, or has not, fulfilled his or her responsibilities. As Mulgan points out (2003), it is similar to the agent who provides an account to his or her principal; he further states that it commonly arises when power is delegated to individuals and institutions with the expectation that they act in the public’s interest. In some ways, this relates to the notion of representation in the context of an implicit social contract between the media and citizens. Mulgan adds that, given human nature, it may seem inevitable that this delegated power be used to the detriment of citizens, just as in economics the agent can sometimes act against the interests of the principal. He states that the demand for accountability has increased following the social movements of the 1970s (e.g., the consumer protection movement, environmentalism, feminism, etc.). This growing demand appears to be a symptom of mounting public discontent with individuals and institutions (governments, businesses, religions, etc.) mandated to serve the public interest, but which refuse to respond to the public’s questions or demands. Individuals thus perceive a gulf between themselves and these institutions. The same analysis may be applied to the news media, explaining why it is the object of mounting criticism.

According to many authors, media accountability is achieved primarily through transparency in journalistic procedures and objectives. Accountability can thus be enacted at three different moments: 1) before news production starts, it focuses on transparency in the practices of actors such as journalists and news organizations (e.g., the declaration of their interests and their adherence to professional standards as laid out in a code of ethics); 2) during news production, it comes into play in the transparency of news gathering procedures (e.g., identification of sources, appropriateness of the methods used to obtain information, etc.); 3) after news production, accountability is then manifested as responsiveness and involves openness to corrections, clarifications, additions, user’s comments, etc. (Domingo and Heikkila 2011).

Whither self-regulation?
This brief overview of the notion of accountability, while by no means exhaustive, underscores some of its key dimensions: accountable for what, accountable to whom, accountable how (Mulgan 2003)?

While accountability in the media is an inherent part of its legal obligations, it also belongs to an area of social responsibility governed by ethics and professional practices. These standards are laid out in charters of professional conduct and codes of ethics that reflect the particular traditions of the society that created them. These texts discuss social responsibility in the same terms as those identified by the Hutchins Commission (accountable for what?): to provide a complete and truthful account of the day’s events in a context which gives them meaning; to serve as a forum for comment and criticism; to present and clarify the goals and values of a society; and lastly, to give the public a clear picture of what is going on (Lambeth 1986).

Most authors agree that the Hutchins Commission, in 1947, played a key role in determining the functions of a “free and responsible press”. The Commission did not invent the social responsibility theory that would subsequently govern the operations of the press, as the subject had been addressed in previous writings, but it legitimized it and made it the manifest purpose of the news media.

But while media organizations and journalists claim that they should be accountable to the public (to whom?), many commentators believe that their primary responsibility is really to media shareholders and owners. In a free market economy that favours profit maximization, it should come as no surprise that conflict might arise between the public interest and that of owners and shareholders, leading sometimes to the prevalence of market-driven journalism over public interest (McManus 1992, 2008).

As to the question of which measures to employ (accountable how?), when faced with the choice of regulatory measures both media organizations and journalists have nearly always chosen self-regulation. Self-regulation most often involves mechanisms such as press councils, news ombudsmen and press mediators, the development of standards frameworks, etc. These measures almost always lack the power to impose any sanction other than moral opprobrium. Moreover, significant confusion can arise in a profession that both regulates itself and enacts its own disciplinary measures. In fact, while journalists and media organizations seem to agree upon the values and standards that should govern their behaviour, they are not always capable of ensuring that these are followed. It is even more difficult, if not impossible, for journalists and news organizations to create the legal mechanisms that would ensure that victims receive compensation for damages when standards are violated (Bernier 2009).

We might add that the choice of self-regulation has rarely, if ever, been voluntary. In most cases media organizations have been forced to create these mechanisms (e.g., press councils, news ombudsmen, mediators), to protect themselves against government intervention, often brought about by public outcry over professional misconduct (Bernier 2005, Media Standard Trust 2008, O'Malley and Soley 2000, Husselbee 1999, Prichard 1991, Ugland 2008, Unesco 2001, Bertrand 2008). This situation occurred recently in Great Britain, where the government established the Leveson Inquiry in 2011 to investigate the culture, the practices and the ethics of the press in the wake of the News of the World phone-hacking scandal (Watson and Hickman 2012). In November 2012, the Inquiry recommended the creation of a statutory press council that would have the power to conduct inquiries and impose significant monetary sanctions. The affair prompted other countries to evaluate the effectiveness and independence of their respective self-regulation mechanisms; in Australia, for instance, similar problems and oversight gaps were found, leading to recommendations for reform (Finkelstein 2012). Moreover, Hrvatin states that the very principle of self-regulation hinges on voluntary compliance and that any “self-regulation system should always be open to the possibility of non-compliance” (2003, 82) [translation]. This option is tantamount to giving news organizations and journalists veto power over citizens’ basic rights.

Claude-Jean Bertrand, a fervent supporter of self-regulation, has, at the end of his life, spoken out critically regarding the effectiveness of press councils in the wake of one of their most recent public decisions. Stating that while he is discouraged by the criticism sometimes heaped on press councils, he adds that, unfortunately, it was partly justified (Bertrand 2008, 115).

As yet, there is no evidence to indicate that self-regulation mechanisms have yielded the expected results; that they have really helped improve the quality of information and protect the public from unacceptable journalism practices. In this sense we have to admit that self-regulation has failed to live up to our expectations, that as attractive as the idea may seem, it simply doesn’t work. Its efficacy and credibility depend on the co-operation of news organizations insofar as they are the ones who pay for and publish the decisions – a fanciful illusion indeed (Watson 2008, 54). Furthermore, in recent years some of the press councils in Canada (Manitoba) and the United States (Minnesota) have disappeared, along with the ombudsman for the Washington Post in February, 2013.

According to Watson (2008, 63), since journalists themselves have proven to be incapable of implementing effective self-regulatory measures, it was inevitable that other institutions or mechanisms, especially the civil courts, take their place despite the risk that standards from outside the profession might be applied to journalists. For the present, his analysis indicates that the United States’ Supreme Court decisions (1947-2007) have applied a considerable number of the principles and concepts proposed by the Hutchins Commission, that is, standards proper to the field of journalism. Since 1994, in Quebec and the rest of Canada we have seen the application of journalism ethics and standards by the civil courts in several cases involving the media (Bernier 2011).

According to Gunningham and Rees (1997), two factors are essential to the success of media self-regulation: first, there must be a high degree of compatibility between the public interest and the private interests of the media; second, there must be sufficient external pressure to create this compatibility. The mere presence of such pressures, such as those placed on British journalists in the fall of 2012 following the Leveson Inquiry, is to some degree a refutation of voluntary self-regulation and might even be considered a variation of models of co-regulation.

There appears to be a growing consensus, then, that self-regulation has had its day. For this reason, increased attention has been focused on models of co-regulation.

Toward co-regulation
Co-regulation is incompatible with the sort of absolutist position held by advocates of unlimited freedom of expression, chief among them the libertarian free-market worshippers and US First Amendment fundamentalists. It is likewise not accepted by those favouring hybrid regulation models that would rely solely on civil and criminal law and public and government institutions. It is a response to the failure of media self-regulation, even though it may not be a cure-all for the many problems afflicting the media.

In Australia, the report published by the Finkelstein Inquiry (2012) devotes an entire chapter to theories of media regulation. Generally conceived as the imposition of rules or principles in order to influence behaviours, it attempts to anticipate market deficiencies and pursue equitable social ends (to reduce or manage the risk of damages to an individual’s or a community’s health, security or well-being). These are the two main justifications for regulation. All regulatory intervention should nonetheless be subject to a cost-benefit analysis to ascertain whether the benefits would indeed prevail, as this cannot simply be presumed. The report distinguishes between statutory or government regulation (command and control regulation) and self-regulation (sometimes known as consensus regulation). According to this model, regulation should be seen on a continuum that ranges from full self-regulation to full government regulation, with a range of co-regulation possibilities (hybrid regulation or enforced self-regulation) falling somewhere between the two extremes. This continuum could be more or less detailed and would, in some cases, include education and information or quasi regulation when it is the government’s goal to influence or persuade organizations to act in a certain fashion. What we have, then, is a continuum that might look like the following:


Co-regulation occurs when rules are developed, managed and enforced by associations, agencies or institutions with varying degrees of government or non-government involvement. One type of co-regulation involving a minimal amount of government intervention would thus be situated on the continuum next to self-regulation. Co-regulation may also entail the delegation of regulatory and enforcement powers, as is the case in Canada with the Canadian Broadcast Standards Council (CBSC), which assists in the application of broadcast standards, in accordance with regulations established by the Canadian Radio-television Telecommunications Commission (CRTC).

At the moment, most attempts at a definition suggest that co-regulation represents a variety of bodies with different make-ups ranging from traditional state regulation to unfettered self-regulation. These models offer a range of more or less formal measures designed to supplement self-regulatory shortcomings or free market imbalances. Traditionally, co-regulation has meant significant involvement of the State or its institutions. But with the Internet and, in particular, it’s potential for stirring debate and opposition to established powers (Strangelove 2005), new actors are gaining prominence.

The rise of the Fifth estate
Historically, if media self-regulatory measures have been suggested and implemented, it is because the news media have held a quasi monopoly on access to the public arena. This has placed a moral obligation on them to contribute to the very debate that concerns them.

In the old media order, citizens had only limited access to the public arena, enabled for the most part through existing media forums (e.g., airtime, comments or open letters to newspapers, etc.). Their messages could be easily overlooked or filtered out based on a given set of journalistic criteria (Ericson, Baraneck and Chan 1987). Research suggests that journalists have routinely shown a preference for certain official or institutional sources, while at the same time showing indifference, or sometimes hostility, toward their audience, as a means of asserting their professional autonomy (Williams, Wardle and Wahl-Jorgensen 2011).

With the Internet and Web 2.0, citizens have spontaneously taken on the role of the Fifth estate, scrutinizing, criticizing, even hurling abuse at the Fourth estate, understood traditionally as the media and journalists. But we shouldn’t be surprised at the public’s sudden takeover as guardians of the “watchdogs of democracy”. There is ample evidence to show that for decades citizens have had a very different notion of what constitutes news than the one proposed by journalists and the media. Many studies have documented the gap, oftentimes a gulf, separating the editorial judgment of the public and that of journalists (Tsafi, Meyers and Peri 2006, Tai and Chang 2002, Voakes 1997) on different issues concerning the private life of public figures and officials, for example, or whether the public expects the media to play the role of “good neighbour” or the role of “watchdog” (Poindexter, Heider and McCombs 2006). Admittedly, we may want to apply a degree of scepticism to the noble, socially responsible answers the public give to certain questions, answers that have little to do with real-life consumption patterns (Roshier 1981, Missika 1989). But, all the same, can we afford to ignore them? Especially when it is our manifest purpose to serve the public’s right to information.

Perhaps a better definition of the Fifth estate would serve us here. Does it refer to capitalism and finance (Ramonet 1995), or to public relations (Franklin and Carlson 2011, 11)? Or might it even be understood as those citizens who find a place for themselves in the public and media outlets through social media networks made possible by Web 2.0’s interactive technologies? This being the case, might we suggest that the digitally networked public join together with the Fourth estate in its role as the watchdog of democracy and public institutions (e.g., the courts, parliament, etc.), at the same time as it remains watchdog to that same Fourth estate?

To put it more formally, what good is power that is capable only of expressing itself, albeit loudly and clearly, without the ability to compel others to act? The power to influence? The power of opinion, it has been proven time and again, cannot be ignored, by either the government (the electorate), or media organizations (the market). While the answers to these questions are beyond the scope of this paper, they certainly point the way to lines of research worth pursuing.

Ramonet appears to be the first to bring up the concept of the Fifth estate, without further elaboration, by working it into a critical theory wherein the media are perceived as a Fourth estate that is viewed to have betrayed its democratic mission. He later mentions a Fifth estate “whose function would be to denounce the media superpowers, those large media conglomerates, aiders and abetters” of what he calls a “neoliberal globalisation” [“globalisation libérale”] (Ramonet 2003).

According to Ramonet, information is as polluted as our air and water, and as contaminated as our food is by the chemicals used in industry. In order to get “organic” information, he says, “citizens must come together and demand that the large, globalized media respect the truth, because only in the search for the truth is information made legitimate” (2003). Rather than depend on social media networks (which were only just emerging in 2003), Ramonet advocated for an international media oversight body and founded Media Watch Global, “because the media today are the only power that can still go unchecked, which leads to an imbalance that can be harmful to democracy” (2003). Regarding the character of the organization he adds that “the strength of this association is moral first and foremost: its power to reprimand is based on ethics, and it sanctions dishonest media practices through the reports and studies it carries out, publishes and disseminates” (2003) [translation]. This arrangement would comprise journalists, scholars, and citizens alike. What Ramonet is describing is in effect a world press council.

Spontaneous, made-to-order co-regulation
Ramonet appeared to be positing the establishment of a mechanism typical of the old media order. He nevertheless showed a commitment to a democratic form of co-regulation designed to supplement the media’s own self-regulatory shortcomings. One might well be sceptical as to the feasibility of such a mechanism on an international scale. But its function as monitor and critic might increase tenfold by spontaneous co-regulation – due to its disorganized, dispersed, unexpected and voluntary nature – inasmuch as it provides made-to-order co-regulation as individuals provide critical points of view that vary according to their own interests or political, ideological, moral or religious convictions, to name only the most obvious motives. Criticism from an expert or academic viewpoint would then appear in the same arena as selective, biased, partial, partisan, ignorant or malicious criticism, which does not detract from the ability of either to influence the behaviours and practices of the media and journalists, as we saw with Wentegate.

Journalists and media observers and researchers over the world continue to focus their attention on the power exerted by ordinary citizens as more or less influential sources of information (De Keyser, Raeymarckers and Paulussen 2011), content generators or amateur journalists. However, the growing and continuous flow of user-generated criticism is not reserved solely for the media; it also extends to the political and financial elite. This role of monitoring the watchdogs of democracy had traditionally been carried out exclusively by various groups, institutions (e.g., the courts, unions, educational institutions and research institutes, etc.) and professional regulatory bodies (e.g., press councils, ombudsmen, etc.).

Bodies such as these, by their very organizational, collective nature, were largely predictable by media actors. If ordinary citizens wanted to show an interest in media or journalism, precious little space was available to them. However, since the mid 1990s the public has been able to express its opinion via online discussion boards or dedicated sites; since 2000 these sites have become even more visible due to the tools available on Web 2.0 (e.g., blogs, interactive media, comments posted on social media networks, Facebook, Twitter and other emerging forums).

As media criticism is democratized, it bypasses filters and rules designed to moderate it; it can be condensed and go viral (e.g., on Twitter), or receive more thorough treatment on blogs and Facebook, etc. The Fourth estate is increasingly being confronted by the public it has always professed to represent, and is being forced to assert its social and political legitimacy, to defend its idea of freedom of the press and, it must be admitted, to defend its economic interests. This can be seen as a form of market sanction (Fengler 2012) that has been able to emerge from an imposed state of latency.

According to Jarvis (2007), all Internet users and journalists should be considered ombudsmen. In such an arrangement, contact with the public is no longer reserved for only one person (e.g., the ombudsman, press mediators, etc.). Rather, journalists receive comments, corrections, information and clarification directly from the public. This, many believe, would help improve the quality of information. Moreover, journalism research has underscored the role of citizen journalists as news media curators, particularly when the quality of journalism is lacking (Bruns 2011). In this regard, Phillips (2011) has documented many occasions when citizens have found factual errors or instances of plagiarism.

De Haan (2011) reports that in the Netherlands there is a public demand for greater media accountability, despite market liberalization and increasingly limited State involvement, a situation that has prompted the media to make certain changes. He adds that in Europe, different organizations advocate media literacy, which results in citizens who are more informed and responsible in their media choices. In France, the issue of public intervention in the media was addressed during the États généraux de la presse de 2009, where the implementation of a new rule was recommended: “Journalists must be mindful of the public’s criticism and suggestions. They will take them into account when considering their own journalistic practices” (Ruellan 2011, 38-39) [translation].

Rosen believes it imperative that journalists raise their standards of reliability given that errors today have more serious consequences than in the past, for themselves, their profession and others. The consequences are also more apparent due to the increased oversight made possible by the dramatic rise in number of information and comment platforms (reported by Carlson 2011). Fengler (2008) has observed that most bloggers who follow the US media consider themselves media watchdogs and are highly motivated to criticize, to such a degree that many readily subscribe to conspiracy theories to explain the behaviours of journalists who show political bias. Olav Anders Øvrebø (2008) also notes that this new form of external criticism often tends to take the form of exaggerated accusations from individuals not burdened by the same sourcing standards, providing fodder for some journalists who use this argument to discredit any form of criticism. Even so, in Germany, a study involving 20 000 users of a media criticism blog revealed that 84 per cent of the participants stated that entertainment was their primary reason for using the site (Fengler 2012, 186). It would be wise therefore, not to conceptualize users purely as public-minded “citizens”, without, however, denying the existence of “noble” motivations.

Conclusion
Some authors believe that the interactive nature of the Internet and emerging media networks constitute a new form of accountability that may be distinguished from traditional mechanisms. It is thought to be more direct and effective than the traditional institutions (Domingo and Heikkila 2011) as well as less expensive (Fengler 2012). They add that online criticism (e.g., blogs, Facebook pages, Internet sites) can sometimes force the media to correct errors, sanction journalists and, in some cases, encourage individuals to take their complaints to press councils, thus hybridizing both newer and traditional forms of accountability.

The rise in power of the Fifth estate as spontaneous media co-regulators comes at a time when traditional self-regulation measures are facing a crisis in terms of their credibility and their very legitimacy. The old media order is on the verge of being replaced by a new order, or rather a disorder, capable of having greater effect and impact. Granted, although we cannot guarantee the intellectual integrity or the honesty of every citizen, the same objection can be made of professional journalists, who are not, as a group, to be held above suspicion. In this new order we are consigned to a sort of grey area of doubt, but we need not accept the corporatist objection put forth by journalists.  

Media organizations and journalists cannot ignore citizen vigilance, even when the criticism is excessive, partial or based on standards and considerations other than those recognized in professional charters and codes of ethics. Journalists and the media have no choice but to join the critical debate, not only to engage in a real conversation with the public in order to understand them, but also to consent to having their professional missteps pointed out whenever these occur. We can even imagine falling back on some of the traditional accountability mechanisms such as press councils, ombudsmen and press mediators in order to guide debate and give journalists the opportunity to have their motivations understood. One thing is certain, however: in the new media ecosystem, the traditional measures have lost any claim they might have had to effective self-regulation and self-discipline. From now on they will be but one voice among many.

* * *



References
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[1] This research was made possible by a grant from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada. The author would like to thank Lisa Hannaford-Wong, who performed the French-to-English translation of this study.
[2] In September 2004, with two months remaining in the American presidential campaign, CBS aired a report on 60 Minutes. Presented by renowned news anchor Dan Rather, the report claimed to reveal details about George W. Bush’s inglorious military past, relying on a document supposedly dating back to the 1970s. However, citizens quickly reacted online, denouncing the document as a fake. CBS investigated, recognized the error, and a few months later, Dan Rather resigned. This unprecedented event marking the rise of fifth estate is now referred to as Rathergate.